Associer la metformine à une corticothérapie au long cours : il fallait y penser !

  • Pernicova I & al.
  • Lancet Diabetes Endocrinol
  • 25 févr. 2020

  • Par Nathalie Barrès
  • Résumé d’articles
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À retenir 

Une étude de preuve de concept a été menée afin d’évaluer l’intérêt de la metformine chez des sujets non diabétiques traités par corticothérapie au long cours. Bien que le critère principal d’évaluation (ratio de surface graisseuse viscérale/sous-cutanée) n’ait pas été significativement amélioré sous metformine vs placebo, plusieurs indicateurs de suivi se sont révélés positifs à 12 semaines, laissant pré-supposer un intérêt notable de la metformine dans ce contexte clinique. Les résultats ont en effet mis en évidence l’intérêt de la metformine sur les risques métaboliques et cardiovasculaires, ainsi que dans la réduction de l’inflammation, du nombre d’infections graves et d’hospitalisations pour causes d’évènements indésirables en lien avec la corticothérapie.

Quel est l’intérêt de ces données ?

La corticothérapie est l’une des causes les plus fréquente d’hyperglycémie iatrogène. Pour autant, à ce jour il n’existe pas de consensus international pour dépister et prendre en charge cette situation. La metformine interagit avec la voie des corticoïdes et pourrait être particulièrement intéressante pour diminuer les effets indésirables de ces traitements, réduire l’inflammation et ses conséquences métaboliques et cardiovasculaires.

Protocole de l’étude

Cette étude de phase 2, randomisée, menée en double aveugle, contrôlée, a été menée au sein de quatre hôpitaux du Royaume-Uni. Pour être éligibles, les patients devaient être âgés de 18 à 75 ans, ne pas avoir de diabète, mais présenter une pathologie inflammatoire traitée par une dose continue de prednisolone (≥20 mg/j durant au moins 4 semaines suivie d’une dose de maintien ≥10 mg/j durant 12 semaines supplémentaires – ou toute autre dose de traitement équivalente). Les patients ont été randomisés (1:1) entre un groupe traité par metformine (selon un protocole de dose croissante : 850 mg/j durant 5 jours, puis 850 mg deux fois par jour durant 5 jours, puis 850 mg trois fois par jour par la suite) et un groupe traité par placebo durant 12 semaines.

Principaux résultats

Au global, 53 patients ont été inclus dans l’étude (26 sous metformine, 27 sous placebo) durant 12 semaines. La dose cumulée de corticoïdes était de 1.860 mg d’équivalent prednisolone dans le groupe metformine et 1.770 mg dans le groupe placebo, p=0,76.

Aucune variation significative de poids ou de tour de taille n’a été observée à 12 semaines.

Cependant, 10% et 52% des sujets respectivement sous metformine et placebo avaient des caractéristiques faciales associées à un syndrome de Cushing. Si aucune différence de ratio de surface graisseuse viscérale/ sous-cutanée à 12 semaines n’a été mis en évidence, en revanche, les patients traités par metformine avaient perdu un peu de graisse sous-cutanée au niveau du tronc par rapport aux patients sous placebo (p =0,01). D’autres éléments étaient également améliorés chez les sujets sous metformine, notamment les marqueurs glycémiques (taux de glucose, HbA1c, et HOMA -IR – marqueur de l’insulino-résistance). D’autres paramètres ont également été améliorés sous metformine versusplacebo, comme les marqueurs lipidiques (mais différence non significative), hépatiques (notamment le ratio ASAT/ALAT) et osseux (avec diminution des marqueurs de la résorption osseuse et augmentation de la DMO à la hanche). En revanche, la metformine n’a pas apporté d’amélioration de la pression artérielle. Enfin, les sujets sous metformine ont eu une amélioration des paramètres liés à la fibrinolyse, ainsi que de l’épaisseur de l’intima-média et des paramètres inflammatoires (notamment la CRP haute sensibilité). Moins d’évènements indésirables en lien avec la corticothérapie ont été mis en évidence sous metformine : la fréquence des pneumonies (1 vs 7, p=0,01), des infections modérées à sévères (2 vs 11, p=0,001) ou des hospitalisations en lien avec un événement indésirable (1 vs 9, p=0,001) était significativement inférieure sous metformine. Cependant, les sujets sous metformine ont présenté plus de diarrhées que les sujets sous placebo (18 évènements versus 8, p=0,01).

Financements

Étude financée par Barts Charity et Merck Serono.