Aspirine en prévention primaire chez le sujet âgé, quid du risque de cancer ?

  • McNeil JJ & al.
  • J Natl Cancer Inst

  • Agnès Lara
  • Résumé d’articles
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À retenir

  • Chez le sujet âgé de 70 ans et plus en bonne santé, une faible dose quotidienne d’aspirine n’augmente pas le risque de cancer, tous cancers confondus, par rapport au placebo.
  • En revanche, le nombre de sujets diagnostiqués avec un cancer en stade avancé ou métastasé était plus important dans le groupe aspirine.
  • Le taux de décès par cancer était également plus important dans le groupe aspirine pour toutes les tumeurs solides (en particulier celles diagnostiquées en stade 3 et 4), indépendamment du site de la tumeur.
  • Les auteurs suggèrent que chez le sujet âgé, l’aspirine pourrait accélérer l’évolution des cancers de stade avancé et incitent à un usage précautionneux dans cette population.

Pourquoi l’étude a-t-elle été réalisée ?

ASPirin in Reducing Events in the Elderly (ASPREE) est un essai randomisé en double aveugle contre placebo qui a analysé l’effet d’une faible dose quotidienne d’aspirine (100 mg) sur l’incidence des cancers et la mortalité chez le sujet âgé. Les premiers résultats de cette étude avaient indiqué une augmentation de la mortalité toutes causes dans le groupe aspirine à 3 ans et l’essentiel de cette surmortalité avait pu être attribuée aux cancers. Des résultats jugés surprenants au regard de ceux observés dans d’autres essais et méta-analyses qui avaient inclus des sujets plus jeunes et qui avaient mis en évidence une réduction de la mortalité par cancer et notamment par cancer du côlon. Dans une publication récente, une analyse plus détaillée des résultats de l’étude ASPREE s’est intéressée à l’incidence des cancers fatals et non fatals diagnostiqués durant la période de traitement.

Méthodologie

Près de 20.000 sujets de 70 ans et plus vivant en communauté en Australie ou aux États-Unis ont été inclus dans l’étude. À l’inclusion, les participants étaient en bonne santé et notamment indemnes de maladie cardiovasculaire, de démence ou de handicap physique. Mais les antécédents de cancer n’étaient pas un critère d’exclusion.

Résultats

  • Durant la période de traitement (durée médiane 4,7 ans), un diagnostic de cancer a été posé chez 10,1% des participants et 25,6% d’entre eux en sont décédés.
  • Au total, 981 cancers (fatals ou non et tous types de cancer confondus) sont survenus dans le groupe aspirine durant la période de suivi, contre 952 dans le groupe placebo, sans différence significative entre les deux groupes (HR 1,04 [0,95-1,14]). L’aspirine ne semblait donc pas associée à la survenue de nouveaux cas de cancer et cela était également vrai lorsque les tumeurs localisées et les cancers hématologiques/lymphatiques étaient analysés séparément.
  • En revanche, le nombre de participants avec un cancer de stade 4 au diagnostic était plus important dans le groupe aspirine (HR 1,22 [1,02-1,45]).
  • Par ailleurs, l’analyse des décès a montré que les patients ayant eu un cancer diagnostiqué au stade 3 ou 4 avaient un risque plus élevé de décéder dans le groupe aspirine par comparaison au groupe placebo : HR 2,11 [1,03-4,33] et 1,31 [1,04-1,64] respectivement.
  • Dans ce groupe, un surcroît de décès d’environ 30% était notamment observé pour les tumeurs solides, indépendamment du site tumoral. Aucune association n’a pu être retrouvée entre aspirine et un type particulier de cancer.