Artériopathie périphérique : attention aux insuffisants rénaux, même légers !


  • Nathalie Barrès
  • Résumé d’articles
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L’artériopathie périphérique des membres inférieurs concerne plus de 200 millions de personnes à travers le monde. En 10 ans, sa prévalence a augmenté de 24% en moyenne. Il s’agit d’une complication fréquente chez les patients hémodialysés. Par ailleurs, les quelques études ayant évalué l’incidence de l’artériopathie lors des premiers stades d’insuffisance rénale chronique (IRC) étaient principalement des études longitudinales, basées sur l’évaluation du débit de filtration glomérulaire estimé (DFGe) ou de l’albuminurie, mais pas les deux. Ceci pourrait expliquer le fait que l’IRC ne soit pas considérée comme facteur de risque de l’artériopathie périphérique par tous. Des chercheurs ont donc évalué l’impact de l’IRC faible à modérée (par le DFGe et l’albuminurie) sur le risque d’artériopathie périphérique à partir de données individuelles de populations de grande envergure.

Méthodologie

  • Méta-analyse incluant les données de 21 cohortes : 9 cohortes de population générale, 8 cohortes de patients à haut risque de maladie cardiovasculaire (dont des patients diabétiques), 4 cohortes de patients présentant tous une maladie rénale chronique. Ces cohortes étaient issues du Consortium CKD-PC destiné à améliorer la prévention et la prise en charge de l’insuffisance rénale chronique. Les cohortes sélectionnées renseignaient le DFGe et l’albuminurie dès l’inclusion (entre 1972 et 2014), comportaient au moins 1.000 patients (sauf pour celles basées exclusivement sur des patients avec IRC), et devaient présenter au moins 50 événements d’artériopathie périphérique.
  • Les adultes n’ayant pas d’artériopathie périphérique à l’inclusion ont été évalués individuellement et intégrés à un modèle à risques proportionnels de type Cox afin d’évaluer l’association entre le DFGe (basé sur la créatinine) et le rapport albumine/créatinine urinaire (RAC), le seuil de protéinurie et l’incidence de l’artériopathie périphérique (en distinguant le taux d’hospitalisation, de claudication intermittente, de revascularisation et d’amputation de jambe).

Résultats

  • 817.084 individus sans artériopathie périphérique (âge moyen 54 ans) ont été suivis durant 7,4 ans.
  • 18.261 cas d’artériopathie périphérique ont été enregistrés [IC95% : 5,7-8,9].
  • Les deux indicateurs DFGe et RAC ont été associés de manière indépendante à l’incidence de l’artériopathie périphérique.
  • Le hazard ratio (HR) de l’incidence de l’artériopathie périphérique était de 1,22 [1,14-1,30], (p2 et de 2,06 [1,70-2,48] pour un DFGe de 15 ml/min/1,73m2, par rapport à un DFGe de 95ml/min/1,73 m2.
  • Le HR de l’incidence de l’artériopathie périphérique était de 1,50 [1,41-1,59] et de 2,28 [2,12-2,44] pour un RAC de 30 mg/g et de 300 mg/g par rapport à un RAC de 5 mg/g.
  • Concernant le risque d’amputation de la jambe, le HR ajusté pour un RAC de 300mg/g vs 5mg/g était égal à 3,68 [3,00-4,52] (p
  • Le fait de tenir compte de l’évaluation de la fonction rénale améliorait significativement l’évaluation du risque d’artériopathie périphérique par rapport aux facteurs de risque traditionnels. La discrimination du risque était plus importante en utilisant le RAC que le DFGe pour toutes les études et toutes les conséquences évaluées, et cette discrimination était d’autant plus spécifique pour le risque d’amputation.

Limitations

Définition de l’artériopathie périphérique hétérogène suivant les cohortes. Méthodes de détermination de la créatinine et de l’albuminurie pas toujours identiques malgré la recherche de standardisation.

À retenir 

Cette méta-analyse d’envergure internationale a montré la corrélation entre insuffisance rénale chronique moyenne à modérée et augmentation du risque d’incidence d’artériopathie périphérique, avec une forte association entre le rapport albuminurie/créatinine et l’amputation. Ces résultats suggèrent qu’une attention particulière doit être portée au risque de développement de symptômes et de signes d’artériopathie périphérique chez les sujets présentant une insuffisance rénale chronique quel que soit le stade de celle-ci.