Arrêt du tabac versus gain de poids : quid de la balance bénéfice risque ?

  • Hu Y & al.
  • N Engl J Med
  • 16 août 2018

  • Par Nathalie Barrès
  • Résumé d’articles
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À retenir 

Les résultats de cette étude portant sur 3 importantes cohortes américaines, montrent que l’arrêt du tabac lorsqu’il est accompagné d’une prise substantielle du poids est associée à une augmentation à court terme du risque de diabète de type 2. Aider les individus à ne pas prendre de poids à l’arrêt du tabac serait donc bénéfique pour leur santé. En revanche, la mortalité globale et la mortalité cardio-vasculaire diminueraient rapidement avec l’arrêt du tabac et ce bénéfice serait maintenu dans le temps avec l’abstinence tabagique, et ce même chez ceux qui ont pris du poids à l’arrêt du tabac.

Méthodologie

Trois cohortes américaines d’hommes et de femmes (NHS-The Nurses’ Health Study, NHSII-Nurses’ Health Study II et HPFS-Health Professionals Follow-up Study) ont servi aux évaluations. Les sujets qui avaient déjà un diabète de type 2, une maladie cardiovasculaire ou un cancer à l’inclusion ont été exclus. Ces données ont permis de comparer par rapport à des personnes qui n’ont pas arrêté de fumer, l’impact de la prise de poids à l’arrêt du tabac sur le risque de diabète de type 2, l’espérance de vie et la mortalité cardiovasculaire.

Principaux résultats

Au total, 162.807 sujets ont été inclus dans les analyses portant sur le risque de diabète et 170.723 sur celles portant sur la mortalité. Au cours du suivi moyen de 19,6 ans, 12.384 cas de diabète ont été identifiés et confirmés. Ainsi, globalement, le risque de développer un diabète de type 2 était 22% plus élevé chez ceux qui avaient arrêtés de fumer récemment (dans les 2 à 6 dernières années), que chez ceux qui continuaient à fumer (hazard ratio (HR) 1,22 [1,12-1,32]). Ce risque culminait entre la 5et 7année après l’arrêt et diminuait ensuite. Il fallait 30 ans sans tabac pour que ce risque redevienne équivalent à celui des non-fumeurs. Chez ceux qui avaient arrêté récemment de fumer, le sur-risque de diabète de type 2 était directement proportionnel au gain de poids. En effet, le risque n’était pas augmenté chez les sujets qui n’avaient pas pris de poids après l’arrêt du tabac et augmentait de 15% chez ceux qui avaient pris entre 0,1 et 5,0 kg, 36% chez ceux qui avaient pris entre 5,0 et 10,0 kg et 59% chez ceux qui avaient pris plus de 10 kg. 

Les analyses portant sur la mortalité ont été réalisées à partir des 23.867 décès documentés au cours du suivi, dont 5.492 d’origine cardiovasculaire. La longévité était améliorée chez les sujets qui avaient arrêté de fumer par rapport à ceux qui continuaient, sans impact de la prise de poids à l’arrêt du tabac.

La mortalité cardiovasculaire était fortement diminuée après l’arrêt du tabac pour atteindre un nadir entre la 10eet 15année, puis remontait doucement sans jamais pour autant atteindre le taux de ceux qui avaient continué de fumer.

Principales limitations

Comme la date de l’arrêt du tabac n’était pas déterminée avec exactitude, le suivi et la durée de l’abstinence tabagique et les variations de poids potentiellement associées constituent d'éventuelles erreurs.