Appel à des relations transparentes entre médecins et industriels de santé


  • Serge Cannasse
  • Actualités Médicales
L'accès à l'intégralité du contenu de ce site est reservé uniquement aux professionnels de santé disposant d'un compte. L'accès à l'intégralité du contenu de ce site est reservé uniquement aux professionnels de santé disposant d'un compte.

Dans une tribune publiée par Le Monde, quatre médecins universitaires français, dont Irène Frachon, à l’origine de l’affaire du Mediator, dont le procès se déroule actuellement, proposent neuf mesures pour lutter contre les conflits d’intérêt dans le monde médical. Ils définissent ces derniers comme « un ensemble de circonstances dans lesquelles l’intérêt primaire d’un médecin (produire un soin ou une recherche de qualité) est influencé par un intérêt secondaire (financier par exemple). » Ils font remarquer que pour beaucoup de professionnels de santé, ces liens d’intérêt semblent « naturels ». Et ils ajoutent : « Ils ont sûrement raison car aucune avancée de la médecine moderne ne serait possible sans le partenariat constant entre médecins et industriels. » En revanche, ils doivent l’assumer « en acceptant de ne plus participer à aucune décision engageant des fonds publics quand l’entreprise concernée par ce lien y participe en tant que cliente ou concurrente. » Pour cela, ils proposent neuf mesures « ambitieuses ».

  1. Améliorer la transparence des conflits d’intérêt, en nommant les professionnels bénéficiant d’un avantage au titre d’une association loi 1901, seule mentionnée actuellement. Il serait également souhaitable que le Conseil de l’Ordre des médecins vérifie les déclarations des praticiens.

  2. Rendre obligatoire une formation relative à la gestion des conflits d’intérêt, aussi bien en formation initiale qu’en formation continue.

  3. Analyser a priori l’indépendance des auteurs de recommandations professionnelles.

  4. Uniformiser les règles de prévention des conflits d’intérêt dans tous les CHU français (centres hospitalo-universitaires) et les facultés de médecine.

  5. Créer dans chaque hôpital un comité de déontologie, une personne seule (comme prévu par la loi du 20 avril 2016) ne pouvant assumer l’ensemble des charges liées à cette mission.

  6. Séparer les industriels qui ont développé un médicament (souvent à partir de brevets publics) des investigateurs de recherche.

  7. Stopper les partenariats public-privé sur les projets hospitaliers ou universitaires qui forment des médecins, actuels ou futurs.

  8. Créer à l’étage du Groupement hospitalier de territoire (GHT) une seule instance de choix des médicaments, dispositifs médicaux et autres achats non médicaux, statuant pour l’ensemble des hopitaux appartenant à ce GHT. Prévoir des contrôles aléatoires par la Haute Autorité de transparence de la vie publique.

  9. Taxer les entreprises du médicament ou dispositif médical avec un système dégressif en fonction des vertus montrées par ces entreprises sur les points précédents, le produit de cette taxe pouvant servir à financer une recherche indépendante et une formation continue de qualité.

Pour les auteurs de la tribune, ces mesures auraient quatre avantages : renforcement de l’indépendance de la médecine, de l’enseignement et de la recherche ; garantie de collaborations efficientes et transparentes entre le monde hospitalier et l’industrie ; impact financier positif pour le système de santé ; et surtout rétablissement de la confiance des patients pour celui-ci.