Apnée du sommeil et risque de goutte : une association ?!

  • Blagojevic-Bucknall M & al.
  • 30 août 2018

  • Nathalie Barrès
  • Résumé d’articles
L'accès à l'intégralité du contenu de ce site est reservé uniquement aux professionnels de santé disposant d'un compte. L'accès à l'intégralité du contenu de ce site est reservé uniquement aux professionnels de santé disposant d'un compte.

À retenir 

L’apnée obstructive du sommeil (AOS) est associée à toute une série de comorbidités, et possiblement au risque de goutte comme le laisse supposer quelques données de la littérature. Des chercheurs britanniques ont souhaité en avoir le cœur net en évaluant l'association entre les deux maladies à travers une cohorte rétrospective de large envergure. Les résultats de cette étude montrent que les sujets souffrant d’AOS auraient effectivement un risque plus élevé de développer une goutte que ceux qui n’ont pas d’AOS. Par ailleurs, ce risque serait plus élevé chez les sujets atteints d’AOS et de poids normal (avec un pic entre 2 et 5 ans post diagnostic d’AOS) que chez les sujets en surpoids ou obèses (dont le pic d’incidence de goutte se situe plutôt entre 1 et 2 ans après).

Pourquoi cette étude a-t-elle été menée ?

Certaines données montrent que des taux élevés d’acide urique sérique, favoriseraient la goutte et seraient également fréquemment retrouvés chez les individus souffrant d’AOS. Le mécanisme en jeu pourrait passer par la génération de purines sous l’effet de l’hypoxie intermittente, qui elles-mêmes se dégradent en acide urique. Les données de la littérature étaient jusque-là insuffisamment puissantes pour confirmer l’association entre AOS et goutte, d’où l’intérêt de cette étude de bonne facture.

Méthodologie

Les données sont issues d’une cohorte britannique d’adultes ayant reçu le diagnostic d’AOS entre 1990 et 2010 (date index). Ces sujets ont été appariés en fonction de l’âge et du sexe avec au plus quatre individus sans AOS diagnostiquée.

Principaux résultats

L’âge moyen des participants était de 52,2 ans et 76% étaient des hommes. Les sujets souffrant d’AOS étaient plus susceptibles que les autres d’avoir des comorbidités, de prendre un traitement diurétique, d’être obèses et de consommer de l’alcool.

Globalement, 4,9% des 15.879 sujets inclus ayant reçu un diagnostic d’AOS, et 2,6% des 63.296 sans, suivis sur une durée moyenne de 5,8 ans, ont développé une goutte.

Ainsi, l’incidence de la goutte était de 7,83 [7,29-8,40]/1.000 personnes-années chez ceux qui avaient une AOS et 4,03 [3,84-4,23]/1.000 chez les autres. Après ajustement, les analyses montrent que le risque de goutte serait fortement augmenté chez les individus souffrant d’AOS (hazard ratio (HR) 1,42 [1,29-1,56]).  

L’augmentation de ce risque, bien que retrouvé pour toutes les catégories d’IMC, serait accentuée chez les sujets de poids normal (HR IMC normal 1,76 [1,22-2,53]), HR en surpoids 1,27 [1,06-1,54] et HR obèse 1,40 [1,21-1,61] vs sujets sans OAS d’IMC correspondant).

Et, le risque serait deux fois plus important chez les sujets de poids normal dans les 2 à 5 ans après la date de diagnostic d’AOS (HR 2,02 [1,13-3,62]). Un pic d’incidence a également été mis en évidence pour les sujets en surpoids ou obèses, mais plutôt entre 1 et 2 ans après la date index.