Antiviraux à action directe dans l’hépatite C : quel bilan ?


  • Fanny Le Brun
  • Actualités Médicales
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A l’occasion de la Journée Nationale de lutte contre les hépatites virales le 25 septembre dernier, Santé publique France a publié un nouveau Bulletin épidémiologique hebdomadaire dédié à ces infections. Il fait notamment le point sur 4 ans de prise en charge par l’assurance maladie des antiviraux à action directe (AAD) dans le traitement de l’hépatite C chronique, de janvier 2014 à décembre 2017.

Un objectif : éliminer l’hépatite C en France

Depuis fin 2013, les nouvelles générations d’AAD révolutionnent la prise en charge thérapeutique de l’hépatite C. Ces traitements étaient initialement réservés aux patients présentant un stade avancé de fibrose hépatique ou une comorbidité, dont la co-infection VIH. A partir de juillet 2016, leur accès a été élargi aux personnes à risque élevé d’infection (dont les usagers de drogues) puis, à partir d’août 2017, à l’ensemble des porteurs chroniques, afin d’atteindre l’objectif d’élimination de l’hépatite C en 2025 en France.

Près de 59.000 patients traités en 4 ans 

D’après l’analyse des remboursements des AAD de 2e  génération, à partir des données issues du Système national des données de santé (SNDS), 58.943  patients ont initié un traitement par AAD en France métropolitaine entre le 1er janvier  2014 et le 31 décembre  2017, soit environ la moitié de l’objectif fixé à 120.000 personnes d’ici 2022 : 11.500 en 2014, 13.904 en 2015, 14.291 en 2016 et 19.248 en 2017. Cela équivaut à plus de 53.000 patients guéris en faisant l’hypothèse d’un taux de guérison de 90% et non de 95%, pour tenir compte de possibles défauts d’observance.

Les patients ayant initié un traitement par AAD au cours de la période 2014-2017 étaient majoritairement des hommes (61%) mais entre les périodes 2014-2015 et 2016-2017, une diminution de la proportion d’hommes (de 65% à 57%) est observée. De même, on note une diminution de l’âge quel que soit le sexe : celle-ci est probablement liée à l’accès universel à partir de 2017, permettant aux patients présentant une forme peu avancée de la maladie, plus jeunes, d’être traités. La baisse de la proportion d’hommes pourrait être liée au fait que les femmes auraient été traitées plus tardivement sur la période d’étude, à cause de la moindre sévérité de leur hépatite C chronique probablement liée au fait que les facteurs de risque sont moins fréquents chez les femmes (consommation excessive d’alcool, syndrome métabolique…) ou aux propriétés antifibrosantes des œstrogènes.

13% des patients traités co-infectés par le VIH

Si on considère la sous-population de patients pris en charge pour une infection par le VIH,  7.848 ont initié un traitement par AAD sur la période 2014-2017, soit 13% de l’ensemble des patients ayant initié un traitement par AAD. Cette proportion semble élevée mais pourrait s’expliquer par l’accès universel aux AAD des personnes ayant une infection par le VIH dès 2014 et par une prise en charge intégrée des soins de l’infection par le VIH et des hépatites. Le nombre de patients pris en charge pour une infection par le VIH et initiant un AAD est en diminution depuis 2016, suggérant qu’une majorité de ceux-ci ont été traités au cours des premières années.

Une prévention qui reste indispensable chez les usagers de drogue  

Concernant les usagers de drogue, sur la période 2014-2017, 8.714 personnes ayant eu un remboursement de traitement de substitution aux opiacés (TSO) ont initié un traitement par AAD, soit 15% de l’ensemble des patients ayant initié un traitement par AAD. Les usagers actifs, souvent éloignés du système de santé, devraient bénéficier d’actions hors les murs ou d’actions « Test and treat » renforcées. Ces dernières consistent à proposer de façon simultanée un dépistage, un bilan pré-thérapeutique et si nécessaire un traitement, pour atteindre l’objectif d’élimination de l’hépatite C. Parallèlement, les mesures de prévention (programmes d’échanges de seringues, TSO…) sont indispensables pour éviter les nouvelles contaminations.

D’importants moyens mis en oeuvre 

Sur le plan financier, plus de 3,5 milliards d’euros ont été remboursés par l’Assurance maladie pour les AAD entre 2014 et 2017. Pour atteindre l’objectif des 120.000 patients traités d’ici 2022, il est nécessaire d’inclure environ 12.000 personnes par an, notamment en renforçant le dépistage grâce à la mobilisation des acteurs de première ligne.