Antidépresseurs et hyponatrémie : près de 10 années de pharmacovigilance analysées

  • Rochoy M & al.
  • Therapie
  • 1 oct. 2018

  • de Nathalie Barrès
  • Résumé d’articles
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À retenir 

L’analyse de la base nationale de pharmacovigilance française sur une longue période (2004-2013) suggère que toutes les classes d’antidépresseurs seraient statistiquement associées à l’apparition d’une hyponatrémie. Cette association serait cependant plus forte pour les inhibiteurs sélectifs de la recapture de la sérotonine (ISRS) et les inhibiteurs de la recapture de la sérotonine et de la noradrénaline (IRSNa) et plus faible pour les imipraminiques et les inhibiteurs de la monoamine oxydase (IMAO). Mais la cardiotoxicité de ces deux dernières classes a pu masquer l’importance de l’association. D’autres études sont maintenant nécessaires pour confirmer ces résultats.

Pourquoi cette étude a-t-elle été menée ?

En France, 2,8 à 3,5% de la population sont traités par antidépresseurs. Ceux-ci sont prescrits dans environ 60% des cas par un médecin généraliste. En cas d’hyponatrémie, les patients seraient asymptomatiques ou pourraient présenter une faiblesse musculaire, des céphalées, des nausées, des vomissements, des malaises, une certaine confusion, une bradycardie, une détresse respiratoire, des crises d’épilepsie, ou encore sombrer dans le coma, voire décéder. Si certains auteurs préconisent de vérifier la natrémie avant initiation du traitement et après quelques semaines, aucune surveillance d’ionogramme n’est précisée dans les monographies des médicaments. Alors que de nombreux antidépresseurs sont associés à un risque d’hyponatrémie dans la littérature, ces données ne sont pas toujours retrouvées dans les monographies. L’étude présentée ici a pour objectif de mieux définir ce risque en situation de vie réelle.

Méthodologie

Étude rétrospective cas/non-cas réalisée à partir des données enregistrées par les centres régionaux de pharmacovigilance entre le 01/01/2004 et le 31/12/2013 concernant les notifications d’hyponatrémie ou de sécrétion d’ADH inappropriée. Tous les antidépresseurs commercialisés en 2014 en France ont été étudiés.

Principaux résultats

Entre 2004 et 2013, 3.397 cas d’hyponatrémie ont été recensés parmi les notifications spontanées rapportées aux centres régionaux de pharmacovigilance. Sur l’ensemble de ces cas, 42% concernaient des patients sous antidépresseurs (26,6% sous ISRS, 6,8% sous IRSNa, 5,3% sous un autre antidépresseur, 3,1% sous imipraminique et 0,1% sous IMAO).

La prise d'un traitement de l'une de ces cinq classes d’antidépresseurs a été associée à l’apparition d’une hyponatrémie : odds ratio rapporté (ROR) entre 3,2 [1,2-8,7] pour les IMAO et 9,9 [9,2-10,7] pour les ISRS. Individuellement tous les antidépresseurs commercialisés en France en 2014 ont été statistiquement associés à la survenue d’une hyponatrémie, à l’exception du milnacipran, de l’amoxapine, de la dosulépine, de la doxépine et de la trimipramine pour lesquels moins de 50 notifications ont été rapportées et aucune notification pour l’iproniazide.

L’association antidépresseurs-hyponatrémie était forte avec les ISRS, les IRSNa ainsi qu’avec les autres antidépresseurs. Mais elle était faible avec les imipraminiques et les IMAO.

La cause des hyponatrémies sous antidépresseurs ne serait pas clairement établie, et pourrait être multifactorielle. Cette étude met en évidence que l’hyponatrémie serait associée à l’agomélatine, la miansérine, la tianeptine et la maprotiline, ce qui n’est pas décrit dans la littérature. Elle  souligne également une association entre exposition aux antidépresseurs tricycliques et l'hyponatrémie, très rarement décrite dans la littérature et non signalée dans les monographies des médicaments concernés.

Principales limitations

Le risque de sous-notification des évènements indésirables aux centres régionaux de pharmacovigilance est bien connu et peut avoir impacté les résultats. Un biais de notoriété du fait que les hyponatrémies sous ISRS et ISRa sont bien connues, ou un biais d’anonymat pour les associations non décrites dans les monographies -comme pour les antidépresseurs tricycliques- ne sont pas improbables. Par ailleurs, l’association plus faible entre hyponatrémie et imipraminiques ou IMAO peut être masquée par le fait que la prescription de ces traitements est limitée par leur cardiotoxicité.