Anticholinergiques et risque de démence : les preuves à long terme

  • Coupland CAC & al.
  • JAMA Intern Med
  • 24 juin 2019

  • Par Caroline Guignot
  • Résumé d’articles
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À retenir

Il existe bien une association spécifique entre l’exposition à long terme aux anticholinergiques et le risque de démence, notamment d’origine vasculaire. Cette association, plus importante chez les sujets diagnostiqués avant l’âge de 80 ans, concernerait plus volontiers ceux utilisés comme antidépresseurs, antipsychotiques, antiépileptiques et dans l’hyperactivité vésicale.

Pourquoi cette étude est-elle intéressante ?

Ces conclusions sont issues d’une étude cas-témoins nichée dans une cohorte de large ampleur représentative de la population britannique. Elles renforcent donc les présomptions déjà avancées sur cette classe thérapeutique, en démontrant à la fois le risque lié à une exposition à long terme et en décrivant pour la première fois que le risque de démence serait plus volontiers de type vasculaire.

L’éditorial accompagnant cette étude rappelle que ce travail, comme les précédents, ne permet pas d’avancer un lien de causalité, même si des mécanismes ont été avancés par ailleurs. Cependant, il constitue une base suffisamment solide pour envisager désormais la conduite d’études cliniques prospectives de bonne facture dans lesquelles serait étudié l’impact d’une déprescription de ces traitements sur le risque ultérieur de démence.

Méthodologie

La cohorte initiale était constituée de personnes de 55 ans sans diagnostic de démence en 2004 et pour lesquelles le suivi était disponible jusqu’en 2016, dans la base de données de recherche britannique QResearch. Les diagnostics de démence posés durant la période de suivi ont été identifiés et ont constitué les cas, qui ont été comparés à 5 témoins par patient, appariés selon l’âge, le sexe, et la date. La prescription d’anticholinergiques était recherchée parmi l’historique de prescription et comparée entre les deux populations, analysée selon le nombre total de doses quotidiennes standardisées (DQST).

Principaux résultats

  • Au total, la base regroupait 3.638.582 personnes et un total de 20.005.739 années-personnes de suivi. Durant cette période, 58.769 diagnostics de démence (âge moyen 82,4 ans, 63,1% de femmes) correspondant aux critères d’inclusion ont été recensés et 225.574 cas témoins leur ont été appariés.
  • Les prescriptions d’anticholinergiques concernaient 56,6% des cas contre 51,0% des témoins. Il s’agissait majoritairement d’antidépresseurs (27,1 vs 23,3%), de médicaments antivertigineux ou antiémétiques (23,8% vs 21,7%) et de médicaments de l’incontinence urinaire (11,7% vs 8,3%).
  • Par rapport à ceux qui n’en n’avaient pas utilisés, l'exposition aux anticholinergiques était associée à un odds ratio ajusté compris entre 1,06 [1,03-1,09] et 1,49 [1,44-1,54], selon que le nombre de DQST était inférieur à 90 ou supérieur à 1.095.
  • Pour l’exposition la plus élevée (> 1.095 DQST), l’association était surtout importante pour les antipsychotiques (1,70 [1,53-1,90]), les médicaments à visée vésicale 1,65 ([1,56-1,75]), les antiparkinsoniens (1,52 [1,16-2,00]), puis les antiépileptiques (1,39 [ 1,22-1,57]) et les antidépresseurs (1,29 [1,24-1,34]). Elle était aussi plus importante pour les cas diagnostiqués avant 80 ans (1,81 [1,71-1,91] vs 1,35 [1,30-1,40]) et en cas de démence vasculaire par rapport à d’autres types de démence (1,68 [1,57-1,79] vs 1,37 [1,30-1,44]).

Principales limitations

L'observance des traitements n'était pas connue et certains facteurs potentiels de confusion ont pu échapper à l'analyse.