Antibiothérapie : les internes français demandent à être mieux formés


  • Agnès Lara
  • Actualités Médicales
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À retenir

Une enquête a questionné les internes français concernant leurs perceptions et leurs pratiques vis-à-vis de l’utilisation des antibiotiques et du risque d’antibiorésistance. Tous ou presque sont conscients du risque d’émergence de nouvelles résistances bactériennes sur notre territoire, pourtant une sur-utilisation des antibiotiques est reconnue par presque la moitié d’entre eux et des lacunes persistent. La grande majorité (95%) est d’ailleurs demandeuse d’une formation plus approfondie dans ce domaine. Le niveau perçu de formation en antibiothérapie et l’exercice d’une spécialité sont apparus comme des facteurs associés au suivi des bonnes pratiques selon les recommandations.

Enquête menée auprès des internes français

Malgré un risque connu d’émergence de nouvelles résistances, la France reste l’un des pays européens les plus consommateurs d’antibiotiques, arrivant au 3rang pour le secteur de ville et au 8à l’hôpital (1). Un gros effort reste donc encore à faire dans ce domaine et cela passe nécessairement par la formation des jeunes médecins. Pour savoir où en étaient les actuels internes à ce sujet, une équipe nancéienne a entrepris d’exploiter les données françaises de l’étude  européenne Young doctor’s perspective on antimicrobial use and resistance in Europe (YPAR).

Dans le cadre de cette étude, tous les internes en médecine européens susceptibles de prescrire des antibiotiques ont été invités à remplir un questionnaire anonyme en ligne de 49 items concernant leurs perceptions et leurs pratiques vis-à-vis de l’utilisation des antibiotiques et du risque d’antibiorésistance, entre septembre 2015 et janvier 2016. La participation se faisait sur la base du volontariat.

Des antibiotiques plus souvent que nécessaire

Au total, 641 internes français ont rempli le questionnaire. Il s’agissait de médecins généralistes pour 37% d’entre eux, de spécialistes (pédiatres, internistes, neurologues, 45%), de chirurgiens (11%) ou de médecins anesthésistes ou intervenant en soins intensifs (7%).

Presque tous (97%) ont déclaré être conscients du risque d’émergence de résistance bactérienne et de l’importance de la problématique en France (92,5%). Mais seuls 74% d’entre eux considéraient que ce problème était présent sur leur lieu d’exercice et 41% reconnaissaient prescrire des antibiotiques plus souvent que nécessaire.

La plupart des internes déclaraient respecter les recommandations (91,1%) et tenir compte des effets indésirables possibles liés à la prescription (85,5%). Cependant le risque d’infection à Clostridium difficile n’était pas pris en considération dans 30% des cas.

Face à des résultats de microbiologie, 95,5% passaient à un antibiotique à spectre plus étroit et 90% d’entre eux déclarer revenir à une administration par voie orale suite à une administration parentérale chaque fois que cela était possible.

Un niveau élevé de formation associé à un meilleur respect des recommandations

Un niveau perçu élevé de formation sur les antibiotiques et l’exercice d’une spécialité étaient plus souvent associés à des pratiques conformes aux recommandations (OR 1,51 [1,01-2,30] et 1,69 [1,16-2,46] respectivement).

Une bonne connaissance déclarée des antibiotiques (OR 3,71 [2,09-6,61]) et un bon niveau de formation déclaré en antibiothérapie (OR 1,70 [1,11-2,58]) étaient associés de façon indépendante à une prise en compte adaptée des effets indésirables liés aux antibiotiques.

Limites

Le taux de réponse était faible et il est possible que les médecins les mieux formés et les plus sensibilisés aient davantage répondu que les autres.

 

1. La consommation d’antibiotiques en France en 2016. Rapport ANSM, décembre 2017.