Antibiorésistance : projection internationale d’ici 2030

  • Cravo Oliveira Hashiguchi T & al.
  • Euro Surveill
  • 1 mai 2019

  • Par Caroline Guignot
  • Résumé d’articles
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À retenir

Des chercheurs de l’OCDE ( Organisation de coopération et de développement économique ) et de l’ECDC ( Centre européen de prévention et contrôle des maladies ) ont établi des projections concernant le développement des résistances dans 8 combinaisons bactéries-antibiotiques sur 2015-2030 dans 52 pays. S’ils mettent en évidence une hétérogénéité significative entre pays et combinaisons, ils indiquent que l’augmentation pourraient être de de 18-19% dans l'Union européenne et l’Espace économique européen (UE/EEE) et qu’elle atteint déjà plus de 30% pour certaines combinaisons dans quelques pays du G20 (ex : K. pneumoniae résistant aux céphalosporines de 3 e génération). Des incertitudes persistent quant à ces projections (impact du changement climatique notamment), mais elles permettent aux pouvoirs publics d’envisager et de prendre les mesures appropriés dès à présent.

Méthodologie

L’étude est basée sur les données nationales et internationales permettant de constituer un ensemble de données historiques sur lequel les prévisions ont été établies en utilisant trois modèles statistiques différents. Les auteurs ont réalisé des projections de la consommation d'antibiotiques et de l’évolution des résistances pour 8 couples : E. coli résistante aux céphalosporines de troisième génération (EC-C3G), E. coli résistante aux fluoroquinolones (EC-FQ), S. pneumoniae à sensibilité diminuée aux pénicillines (PSDP), S. aureus résistant à la méticilline (SARM), K. pneumoniae résistante aux carbapénèmes (KPRC), K. pneumoniae résistante aux céphalosporines de troisième génération (KP-C3G), P. aeruginosa résistant aux carbapénèmes (PA-RC), entérocoques résistants à la vancomycine (ERV: Enterococcus facealis et E. faecium ).

Principaux résultats

  • En 2015, les pays dans lesquels les taux d’antibiorésistance étaient les plus faibles étaient l’Islande, les Pays-Bas et la Norvège (environ 5%), tandis que l’Inde, la Chine, la Russie ou la Roumanie présentaient des taux d’environ 40 %, voire de 80% pour certaines bactéries.

  • L’antibiorésistance devrait continuer à augmenter entre 2015 et 2030 pour 64% des combinaisons sur les différents pays, mais la dynamique devrait être moins forte que celle de la période 2005-2015 grâce à une meilleure maîtrise de certains risques, comme celui lié aux KP-C3G. Au total, 37 des 52 pays devraient présenter une augmentation moyenne de l’antibiorésistance, tandis que 13 pays devraient présenter plus volontiers une diminution globale. Par ailleurs, l’ampleur de l’augmentation des résistances sera 4 fois plus importante que celle des baisses.

  • En 2030, la France devrait présenter des taux marginaux d’antibiorésistance concernant les ERV et les KPRC (1 et 2% respectivement), des taux intermédiaires concernant les EC-C3G et les SARM (15% chacun), et des taux plus élevés concernant les PSDP, les EC-FQ (22%, chacun) et a fortiori les KP-C3G (33%). Cinq pays pourraient voir leurs taux d’antibiorésistance augmenter pour les 8 combinaisons étudiées : Bulgarie, Luxembourg, Islande, Slovénie et Danemark.

  • En détail, les résistances d’EC-C3G et de KP-C3G devraient diminuer globalement dans tous les pays entre 2015 et 2030, tandis que la part des ERV devrait augmenter de manière significative (+63% entre 2015 et 2030). Par ailleurs, les pays de l’OCDE et ceux de l’UE/EEE pourraient suivre des tendances différentes avec des PSDP en augmentation et des SARM en baisse dans les premiers, contre une tendance inverse pour les seconds.