Anosmie, migraines…: ces symptômes neurologiques qui persistent post-COVID-19

  • Aude Lecrubier

  • Nathalie Barrès
  • Actualités Médicales par Medscape
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France -- Nous savons désormais que certains symptômes peuvent persister plusieurs semaines après une infection COVID-19 (lire l’entretien avec le Pr Davido).

Le plus fréquemment, il s’agit de fatigue chronique, de sensations d’oppression thoracique, ou de myalgies, mais, en parallèle, un certain nombre de troubles neurologiques peuvent se prolonger et inquiètent aussi les médecins. Certains évoquent même l’éventualité d’une vague de syndrome de fatigue chronique car sur le plan clinique, certains de ces symptômes s'apparentent probablement au syndrome de fatigue chronique observés après certaines infections virales.

Le  Pr Dominique Salmon–Ceron  qui est infectiologue à l’hôpital parisien de l’hôtel Dieu, où ont été mis en place un centre d’accueil des soignants et des fonctionnaires de l’Etat au pic de l’épidémie puis une consultation post-COVID-19, a accepté de répondre à nos questions.

MEDSCAPE : Quels sont les troubles neurologiques que vous observez en post-Covid-19 ?

Pr Dominique Salmon–Ceron : Notre consultation post-Covid-19, où il y a beaucoup de passage, nous a permis de repérer un certain nombre de symptômes neurologiques persistants. Les patients rapportent notamment des sensations de fourmillements, de ruissellement qui touchent le plus souvent les membres mais qui peuvent aussi se situer autour du nez, de la tête ou ailleurs.

Nous observons aussi des dysrégulations thermiques, des problèmes de déglutition, des migraines prolongées et des anosmies.

Ces symptômes apparaissent quelque temps après la phase aiguë de l’infection alors que les patients vont mieux. Ils évoluent parfois par poussées successives. Mais, avec le temps, les poussées ont tendance à diminuer.

Nous avons donc la preuve que le SARS-CoV-2 s’attaque au système nerveux ?

Pr Salmon–Ceron : Le SARS-CoV-2 est clairement un virus avec un neurotropisme, une avidité pour le cerveau. Mais, nous ne savons pas trop ce qui se passe. Est-ce une réponse immune disproportionnée, la myéline est-elle atteinte ? Les études débutent. Pour l’instant nous n’avons pas de réponse.

Pourriez-vous décrire les migraines que vous observez ?

Pr Salmon–Ceron : Nous voyons très souvent des migraines prolongées qui se développent au niveau frontal, juste derrière les sinus, ou qui enserrent toute la tête mais, il n’y a pas de méningite.

L’anosmie a été décrite comme un symptôme fréquent du COVID-19. Vous dites qu’elle peut persister ?

Pr Salmon–Ceron : L’anosmie est très caractéristique du COVID-19. Les anosmies que nous observons régressent généralement en 5 à 10 jours mais souvent de façon incomplète et malheureusement, chez environ 10% des patients, elles peuvent se prolonger. Dans des cas plus rares, elles peuvent évoluer par poussées, disparaitre et réapparaitre. Ce phénomène est inquiétant car l’odorat est un sens aussi important que les autres. Quand on a perdu l’odorat, on est un peu isolé de la société. On ne sent pas les risques autour de soi. On ne sent pas les personnes. On ne sent pas les aliments. On finit par déprimer. Souvent, on sous-estime l’anosmie car la personne atteinte parait normale, mais en fait, elle est fragilisée.

Vous avez lancé un essai pour tenter de traiter ces anosmies prolongées. Pouvez-vous nous en dire plus ?

Pr Salmon–Ceron : Nous avons décidé, en collaboration avec les ORL, de lancer l’essai COVIDORL dont la promotion est assurée par la Fondation Rothschild et les Drs Mary Daval et Charlotte Hautefort (ORL). Nous proposons aux patients qui gardent une anosmie un protocole à base de corticoïdes par voie nasale (budésonide) pour ne pas donner de corticoïdes par voie générale et risquer de favoriser la dissémination du virus. Après avoir réalisé un scanner au niveau des sinus pour rechercher la présence d’une inflammation, nous proposons des lavages nasaux par corticoïdes plusieurs fois par jour pendant quelques semaines. Nous avons prévu d’inclure 120 patients et plusieurs dizaines sont déjà inclus mais aujourd’hui les inclusions ralentissent en raison de la faible incidence de l’épidémie. Le problème est que les gens qui ont une anosmie viennent nous voir un peu tard. Il a été montré que les corticoïdes sont efficaces dans d’autres causes d’anosmie mais à condition de les donner entre le premier et le deuxième mois. Il ne faut pas arriver après 4 mois.

Ces anosmies liées au COVID-19 sont-elles particulières ?

Pr Salmon–Ceron : Nous avons déjà observé des anosmies avec d’autres virus respiratoires comme les adénovirus et dans de rares cas des coronavirus. Mais ce sont des anosmies avec obstruction nasale. Dans ce cas, les cellules réceptrices de l’olfaction (extensions des nerfs olfactifs) sont prises dans une grosse inflammation de l’épithélium de soutien, empêchant les molécules odorantes de les atteindre. Ce qui est étonnant dans le COVID-19, c’est que les patients n’ont souvent pas le nez bouché. Ils semblent avoir parfois directement une atteinte des cellules réceptrices de l’olfaction. Une autre hypothèse est que le virus remonterait les nerfs olfactifs et attaquerait directement les bulbes olfactifs. Cette hypothèse est moins probable car l’anosmie régresse souvent rapidement mais il est possible que chez les gens chez qui elle ne régresse pas, il s’agisse d’une atteinte un peu plus haute. Pour étudier cette atteinte des bulbes olfactifs, il faudrait faire des IRM fonctionnelles ou éventuellement étudier des pièces histologiques de patients décédés du COVID-19. C’est assez complexe.

En dehors de votre essai, y-a-t-il d’autres recherches en cours sur ces différents symptômes ?

Pr Salmon–Ceron : Il y a beaucoup d’études en cours dont l’objectif est d’en savoir plus sur ces symptômes.

Aussi, nous sommes avec la Société de Pathologie Infectieuse en cours de création d’un observatoire national de ces symptômes neurologiques persistants. C’est une priorité mais il faut prendre le temps d’y associer les médecins de villes car ce sont eux qui voient les patients mais aussi les virologues, les immunologistes et les différents spécialistes (cardiologues, neurologues, ORL…).

Cet article a initialement été publié sur MEDSCAPE.