Alzheimer: l’hétérogénéité clinique et biologique est-elle liée au phénotype ou au stade de la maladie ?

  • Poulakis K & al.
  • Nat Commun

  • Caroline Guignot
  • Résumé d’articles
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À retenir

  • En exploitant les données d’imagerie issues d'une large cohorte multiethnique de patients atteints de maladie d'Alzheimer (MA) et obtenues de façon longitudinale, des chercheurs montrent qu’il existe cinq types d'atrophie cérébrale longitudinalement distincts et qui sont associés à des caractéristiques démographiques et cognitives spécifiques. Certains tendent à converger avec l’évolution de la MA.

  • Certains des sous-types décrits dans les études précédemment publiées pourraient refléter des stades de la maladie plutôt que des sous-types distincts.

  • L'hétérogénéité observée dans un même profil pourrait refléter la résultante de la combinaison entre les processus physiopathologiques et les autres facteurs -protecteurs ou favorisants- qui interviennent dans l’évolution de la maladie.  

Pourquoi est-ce important ?

On sait que la MA est une maladie hétérogène et différents sous-types ont été décrits, en premier lieu sur le plan clinique et biologique. Par ailleurs, sur les données d’imagerie, quatre sous-types ont été rapportés, selon la localisation de l'atrophie et son évolution. Cependant, toutes ces données sont issues majoritairement d’études transversales. Il est donc important de déterminer si l'hétérogénéité observée reflète différents stades d’évolution de la maladie ou des sous-types distincts.

Méthodologie

Cette étude a rassemblé 891 patients atteints de démence et 319 personnes contrôles provenant de quatre cohortes multicentriques internationales (américaine ADNI, japonaise J-ADNI, australienne AIBL et européenne AddNeuroMed). Seuls ceux chez qui on avait identifié une MA avec dépôts amyloïdes ont été inclus dans l’analyse. Les données longitudinales d’imagerie ont été exploitées. La méthode d’analyse utilisée a permis d’exploiter les données sur cerveau entier, et d’identifier des clusters de présentation et d’évolution.

Principaux résultats

L’analyse longitudinale montre que la substance grise des sujets contrôles se détériore avec le vieillissement et que ceux atteints de MA présentent une atrophie plus importante. Après correction sur les données des sujets contrôles, les sujets atteints de MA de moins de 65 ans avaient globalement une atrophie corticale postérieure plus importante que les contrôles, tandis que chez ceux de plus de 75 ans, c’était l’atrophie médiotemporale qui était plus importante.

Cinq clusters ont pu être identifiés :

- un groupe majoritaire A (59,1%) dans lequel l'atrophie médiotemporale était minimale au moment de l'apparition clinique de la MA puis progressait lentement avec une atteinte entorhinale et hippocampique s’étendant à d'autres régions du lobe temporal.

- un groupe à prédominance limbique (29,1%), où l’atrophie du cortex entorhinal était observée dès le début de la maladie, avec une atteinte ultérieure d'autres régions du lobe temporal, dont l'hippocampe.

- les trois autres groupes plus minoritaires rassemblaient ceux qui, avaient une atrophie plus importante du cortex entorhinal au début de la maladie, qui évoluaient vers atteinte du lobe temporal et du reste du cortex (7,2%) ; ceux qui avaient une atrophie diffuse avec une atteinte temporale et frontale dès le début de la maladie, et une progression locale rapide (1,6 %) ; et ceux sans atteinte hippocampique (3,1%), avec une atrophie du lobe pariétal sans atteinte médio-temporal et progression rapide.

L’analyse post hoc et le regroupement en cluster a montré qu’en réalité les sujets des trois premiers de ces cinq groupes avaient un profil d’atrophie qui convergeait avec l’évolution de la maladie et que les deux suivants présentaient parallèlement un certain degré de convergence. Dans ces trois groupes, la durée de l’éducation était majoritairement inférieure à celle identifiée parmi les deux autres groupes.

Enfin, la prévalence de l'APOE e4 était la plus élevée dans le groupe A (75%) alors qu’elle n’était que de 40% dans le groupe sans atteinte hippocampique (prévalence comprise entre 60% et 67% pour les trois autres groupes).