Alzheimer : le diagnostic est plus facile en hiver et au printemps


  • Serge Cannasse
  • Actualités Médicales
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Les liens cliniques et biologiques entre saisons et cognition ont été étudiés surtout chez les jeunes adultes, mais très peu chez les personnes âgées. Des chercheurs ont entrepris de remédier à cette lacune en examinant les données de cinq études prospectives (trois en ambulatoire, deux en centres hospitaliers), dont une française (menée au Centre de neurologie cognitive de l’hôpital Lariboisière, Paris), ayant inclus au total 3.353 patients. Tous ont bénéficié d’une évaluation clinique complète de leurs fonctions cognitives. Dans un sous-groupe ont été évalués les taux des marqueurs de la maladie d’Alzheimer dans le LCR et l’expression génomique dans le cortex préfrontal par séquençage ARN ; une autopsie a été pratiquée chez les patients décédés.

Les résultats montrent des liens solides entre saisons et cognition. En moyenne, la fonction cognitive globale, évaluée par un indicateur composite, était meilleure en été et à l’automne par rapport à l’hiver et au printemps, la différence étant équivalente à un intervalle d’âge de 4,8 ans sur des mesures moyennes annuelles (IC 95% 2,1-8,4 ; p=0,002). Ce résultat était retrouvé chez les patients ayant une maladie d’Alzheimer comme ceux en étant indemnes, mais avec de moindres amplitudes pour les premiers.

Le taux de protéine amyloïde Aß42 céphalorachidienne (marqueur de la maladie d’Alzheimer) avait un pic d’amplitude en été. L’expression de quatre gènes associés aux fonctions cognitives variait (positivement ou négativement) en fonction de l’évaluation clinique de la fonction cognitive et était elle-même liée à la présence des sites de fixation pour plusieurs facteurs de transcription de rythme saisonnier.

Les auteurs relèvent plusieurs limites à leur travail : les évaluations des patients n’ont été faites qu’une fois par an, l’estimation des facteurs environnementaux et comportementaux était établie sur les déclarations des patients, les études ont été menées dans des pays de l’hémisphère nord (États-Unis, Canada, France), rendant difficile la généralisation de leurs résultats à l’hémisphère sud et aux zones équatoriales.

Ils concluent cependant à une forte corrélation entre saisons et fonctions cognitives, meilleures en été et en automne. Ils suggèrent de pratiquer le dépistage des maladies neurodégénératives liées à l’âge plutôt au cours des deux autres saisons, durant lesquelles les symptômes éventuels sont plus marqués. Pour eux, ces travaux ouvrent la voie à une meilleure compréhension des mécanismes de variation saisonnière, avec en perspective une meilleure explicitation de leurs facteurs environnementaux et comportementaux, et éventuellement une possibilité d’agir sur eux.