Alzheimer : Hymne à la Joie et Marche Funèbre n’ont pas la même efficacité pour intégrer de nouvelles informations

  • Ratovohery S & al.
  • J Clin Exp Neuropsychol
  • 9 août 2019

  • Par Caroline Guignot
  • Résumé d’articles
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À retenir

À court terme, des patients souffrant de maladie d’Alzheimer ont une meilleure capacité à retenir des informations chantées sur une mélodie connue que des informations parlées. Par ailleurs, la valence de la musique, c’est-à-dire l’émotion qu’elle procure,  joue un rôle car les informations retenues sur une musique gaie sont mieux mémorisées que sur une musique triste. En revanche, l’évaluation des informations retenues après 24 heures montre que, si la musique favorise le maintien de leur mémorisation, la valence n’a plus d’influence, au contraire des sujets contrôles.
La musique est un moyen de plus en plus étudié dans l’approche non médicamenteuse des maladies neurodégénératives favorisant l’apparition d’une démence. Il a été décrit par ailleurs que la familiarité d’une mélodie, le nombre d’exposition, le délai avant restitution et la valence de la musique peuvent jouer un rôle déterminant sur l’aide à la mémorisation par la musique. Ce travail, mené par une équipe parisienne, suggère que les zones et activités cérébrales impliquées dans la mémorisation de musiques sont mieux préservées de la neurodégénérescence liée à la maladie et peut constituer une approche non médicamenteuse pour aider les patients à retenir des informations relatives à leur quotidien.

Hymne à la Joie ou Marche Funèbre ?
Dans cette étude, 13 personnes souffrant de maladie d’Alzheimer (MA) et 26 sujets sains, sans expérience musicale particulière, ont été recrutées et soumises à trois expériences de mémorisation, immédiate (10 minutes) et retardée (24 heures), d’informations relatives à la vie quotidienne. Trois textes écrits et évalués dans des études préalables auprès de populations vieillissantes, ont été utilisés : ils étaient constitués de huit parties, comportant chacune 4 à 7 mots issus d’un vocabulaire courant et relatifs à des activités du quotidien. Ils ont été enregistrés par une chanteuse professionnelle : l’un était parlé, le second chanté sur l’Hymne à la Joie de Beethoven (version piano, valence positive) et le troisième chanté sur la Marche Funèbre de Chopin (valence négative).
Chaque participant a été soumis, dans un ordre aléatoire, à leur apprentissage (écoute + lecture simultanée sur écran). La première phrase lui était soumise et il était invité à se remémorer la suivante. La même procédure était suivie pour implémenter chaque nouvelle phrase jusqu’à la fin du texte, ou était arrêtée lorsque le participant ne pouvait se souvenir de plus de 65% des mots présentés. Immédiatement, 10 minutes après, puis 24 heures après, chacun se voyait invité à citer le maximum de mots dont il se souvenait pour chacun des textes.

Principaux résultats
Durant la phase de mémorisation immédiate, les sujets contrôles avaient retenu plus de lignes de texte que les sujets MA. Ces derniers avaient retenu un moins grand nombre de lignes lorsque le texte avait été parlé, plutôt que chanté (sans différence selon la valence).
Immédiatement et 10 minutes après l’exercice, le nombre de mots retenus par les sujets contrôles était supérieur à celui mémorisé par les patients MA. Chez ces derniers, le nombre de mots cités immédiatement après l’exercice était supérieur lorsque la valence était positive par rapport aux deux autres textes (valence négative ou texte parlé, sans différence entre eux). Après 10 minutes, le nombre de mots cités était supérieur pour les deux textes chantés (sans différence entre eux), par rapport au texte parlé.
Étant donné le faible nombre de mots mémorisés à 10 minutes et à 24 heures par les sujets MA, l’évaluation a aussi été réalisée chez les témoins et les sujets MA après leur avoir rappelé la première phrase du texte. Alors que le nombre de mots cités était alors supérieur chez les sujets témoins pour le texte chanté sur une valence positive, par rapport aux deux autres textes, les sujets MA présentaient une autre dynamique, avec une mémorisation équivalente en cas de texte chanté versus parlé, sans différence selon la valence.