Alzheimer : des difficultés neuropsychologiques avant les dépôts amyloïdes

  • Thomas KR & al.
  • Neurology
  • 30 déc. 2019

  • Par Caroline Guignot
  • Résumé d’articles
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Messages principaux

  • De subtiles différences spécifiques dans les scores neuropsychologiques permettraient de prédire les sujets à risque d’accumulation de dépôts amyloïdes à 48 semaines, au sein d’une cohorte présentant des taux initiaux comparables et faibles.

  • Des difficultés cognitives discrètes pourraient survenir avant l’augmentation du taux de dépôt amyloïdes, suggérant qu’elle n’est peut être pas l’élément déclencheur.

  • L’utilisation d’une batterie de tests neuropsychologiques spécifique pourrait améliorer l’identification des sujets à risque de développer une maladie d’Alzheimer, en alternative à des tests de dépistage plus coûteux.

 

L’accumulation des dépôts amyloïdes est considérée comme étant un élément clé dans la survenue de la neurodégénérescence et des troubles cognitifs liés à la maladie d’Alzheimer, mais l’incapacité des essais cliniques à réduire la progression de la maladie en ciblant la protéine amyloïde laisse penser qu’un mécanisme complémentaire ou plus précoce est impliqué.

Des chercheurs américains ont récemment décrit que des difficultés cognitives discrètes objectivées (Obj-SCD) via un score spécifique sont associées à la valeur de certains biomarqueurs relatifs à la maladie d’Alzheimer. Elles permettaient de prédire une progression plus rapide vers les troubles cognitifs légers (TCL) ou la démence par rapport à des personnes n’en ayant pas. Dans un nouveau travail paru dans Neurology , ils ont voulu évaluer la séquence des évènements : ces difficultés sont-elles préalables, contemporaines ou ultérieures à l’accumulation de la protéine amyloïde ?

Un phénomène antérieur ou concomitant aux dépôts

À partir de la même cohorte que dans un travail précédent (cohorte ADNI Alzheimer’s Disease Neuroimaging Initiative ), ils ont comparé les données à 48 semaines de 747 participants. Les Obj-SCD étaient définis à partir du score total et/ou de certains scores spécifiques obtenus aux tests neuropsychologiques réalisés à l’inclusion (6 tests relatifs à 3 domaines - mémoire, langage, fonction exécutive/attention – à savoir : Rey Auditory Verbal Learning Test, AVLT, 30-item Boston Naming Test, Animal Fluency score, temps 1 et 2 réalisé au Trail-Making Test). Ces tests ont permis de classifier les participants en sujets contrôles (n=305), sujets Obj-SCD (n=153) et sujets TCL (n= 289). Par ailleurs, les patients bénéficiaient annuellement d’une imagerie (imagerie par résonance magnétique IRM et TEP amyloïde).

Le taux de protéine amyloïde initial était légèrement supérieur dans le groupe Obj-SCD par rapport au groupe contrôle, mais sans différence statistique. Par ailleurs, une fois ajusté sur la l’ampleur initiale de ces dépôts (et d’autres paramètres démographiques, biologiques et cliniques), le groupe Obj-SCD était associé à une accumulation de dépôts plus rapide que le groupe contrôle après 48 semaines de suivi. Ainsi, les difficultés neuropsychologiques objectivées surviendraient avant ou durant la phase précoce d'accumulation. En revanche, pour les sujets des groupes TCL et contrôles, il n’y avait pas de différence.

Par rapport au groupe contrôle, l’imagerie montrait également une atrophie plus rapide de l’épaisseur corticale au niveau entorhinal pour les sujets des groupes Obj-SCD et TCL, ainsi que de l’hippocampe dans le groupe TCL. Les difficultés neuropsychologiques pourraient ainsi constituer un élément prédictif d’une évolution ultérieure de dépôts amyloïdes et de troubles neurodégénératifs précoces.