Aluminium dans les vaccins : doit-on se méfier ?


  • Fanny Le Brun
  • Actualités Médicales
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A retenir :

  • La méfiance des Français vis-à-vis de la vaccination est en grande partie liée à la présence de sels d’aluminium dans les vaccins
  • Globalement, les sources d’exposition quotidienne à l’aluminium sont nombreuses (notamment air et alimentation)
  • Pour ce qui est de la toxicité directe de l’aluminium, aucun lien n’a pu être établi avec les vaccins : les concentrations en aluminium dans les milieux biologiques des sujets vaccinés ne sont pas différentes de celles de sujets non vaccinés
  • L’hypothèse d’une toxicité indirecte de l’aluminium contenu dans les vaccins sous forme de syndrome auto-immun/auto-inflammatoire a récemment été réfutée

La méfiance des Français vis-à-vis de la vaccination est en grande partie liée à la présence de sels d’aluminium dans les vaccins, destinés à renforcer leur efficacité. Parmi les 11 vaccins devenus obligatoires pour les enfants nés depuis le 1er janvier 2018, un seul (le vaccin trivalent rougeole-oreillons-rubéole) ne contient pas de sels d’aluminium comme adjuvant. Il est donc légitime de se poser la question de leur innocuité… Une publication récente (Goullé JP et al. Med Mal Infect. 2019 Oct 11) fait le point sur les connaissances actuelles concernant une éventuelle toxicité de l’aluminium contenu dans les vaccins.

Cette publication rappelle que l’aluminium est le principal métal de la croûte terrestre et que les sources d’exposition sont nombreuses car il se retrouve dans l’alimentation (responsable de 95% du taux d’aluminium contenu dans l’organisme) et dans l’air. Si la pénétration cutanée de ce métal est insignifiante chez l’adulte ayant une peau saine, elle est loin d’être négligeable chez les nouveau-nés et les jeunes enfants ainsi que chez les adultes ayant des lésions cutanées ou la peau rasée.

Une fois dans l’organisme, l’aluminium diffuse dans les différents tissus puis est lentement éliminé, principalement par excrétion urinaire. Une partie de l’aluminium est stockée de façon permanente, notamment dans les os, le foie, les poumons et le système nerveux. La quantité d’aluminium augmente avec l’exposition et l’âge. Ce stock permanent est évalué entre 30 et 50 mg chez l’adulte. Les personnes atteintes d’insuffisance rénale chronique ne peuvent pas éliminer l’aluminium qui s’accumule, notamment dans les os et le cerveau.

Quelle est la toxicité de l’aluminium ?

La toxicité des métaux est toujours corrélée à des taux élevés dans les milieux biologiques (sang, plasma, urine, tissus…). Ainsi, seuls des taux excessifs d’aluminium mesurables biologiquement dans l’organisme peuvent être potentiellement toxiques.

Chez l’Homme, la neurotoxicité de l’aluminium est connue depuis longtemps et étroitement liée à une accumulation excessive dans le cerveau, qui peut progressivement mener à une encéphalopathie fatale chez les insuffisants rénaux. Les symptômes cliniques de l’encéphalopathie sont corrélés au taux sanguin d’aluminium. Ils incluent des troubles de la parole (dysarthrie, mutisme), de la démarche et de la coordination ainsi que des troubles cognitifs et des crises d’épilepsie, qui peuvent évoluer vers un coma et le décès. Cependant, chez des patients ayant une fonction rénale normale, il n’a jamais été rapporté de neurotoxicité liée à un traitement contenant des sels d’aluminium ou à une ingestion accidentelle de sels d’aluminium. A noter, chez des nouveau-nés prématurés recevant une nutrition parentérale prolongée contenant de l’aluminium, une toxicité peut être retrouvée (diminution du score de développement selon l’échelle de Bayley, troubles osseux à l’adolescence), probablement liée à une excrétion rénale diminuée de l’aluminium.

Y a-t-il une toxicité directe de l’aluminium contenu dans les vaccins ?

Pour ce qui est de la toxicité directe de l’aluminium, aucun lien avec les vaccins n’a pu être établi à ce jour. En effet, les concentrations en aluminium dans les milieux biologiques des sujets vaccinés ne sont pas différentes de celles de sujets non vaccinés, ce qui est cohérent avec la très faible quantité d’aluminium contenue dans une dose de vaccin.

Des effets indésirables locaux ont été rapportés chez l’Homme après injection de vaccins contenant de l’aluminium, notamment une myofasciite à macrophages. Cette lésion histologique persistante dans le muscle deltoïde se caractérise par la présence de macrophages renfermant des particules d’aluminium et formant des granulomes. Une équipe française avait suggéré un lien entre la myofasciite à macrophages et des symptômes chroniques non spécifiques tels que fatigue, troubles cognitifs, musculaires et articulaires. Cependant, une analyse indépendante de ces résultats n’a pas confirmé ce lien. 

Qu’en est-il d’une toxicité indirecte ?

Comme nous l’avons vu, des dépôts d’aluminium peuvent être détectés par biopsie au site d’injection du vaccin. L’hypothèse a été émise que ces dépôts pourraient être responsables d’une toxicité indirecte de l’aluminium sous forme de syndrome auto-immunitaire/auto-inflammatoire induit par les adjuvants (ASIA). Cette hypothèse a été réfutée récemment à la lumière d’une vaste étude pharmaco-épidémiologique.