Allopurinol et cotrimoxazole sont les deux principaux agents responsables de réactions cutanées graves en France


  • Caroline Guignot
  • Résumé d’articles
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À retenir

  • En France, près d’un quart des 602 évènements indésirables cutanés graves liés aux médicaments recensés seraient évitables selon cette étude nationale française, conduite entre 2003 et 2016. Des indications inappropriées étaient à l’origine de 65,8% de ces cas et incriminaient le plus souvent les prescriptions d’allopurinol et de cotrimoxazole.
  • Ces résultats décrivent l’ampleur des manifestations cutanées graves évitables : ils soulignent les difficultés liées à l’allopurinol et au cotrimoxazole dont la prescription s’accroît (dans des indications hors goutte pour le premier et pour les infections urinaires pour le second). Les cas de ré-exposition après une première allergie documentée soulèvent des questions sur la qualité de l’interrogatoire médical, de la communication médecin-patient et invitent à réfléchir sur de meilleurs moyens de surveillance.

Pourquoi est-ce important ?

Les évènements indésirables graves liés aux médicaments représenteraient 3 à 5% des hospitalisations, mais pourraient être prévenus dans 50 à 60% des cas. Parmi eux, les manifestations cutanées sont connues pour être particulièrement graves et associées à un taux de mortalité important : syndrome de Stevens-Johnson (SJS), syndrome de Lyell (nécrolyse épidermique toxique ou NET) ou syndrome DRESS (hypersensibilité médicamenteuse avec éosinophilie et symptômes généraux). Le taux de ces réactions cutanées graves pouvant être prévenu n’était pas connu. Cette étude constitue la première à être menée en France sur ce sujet, à partir d’un registre national.

Principaux résultats

  • Parmi les 779 cas recensés par le registre, seuls 602 (56,5% de femmes, 50,1 ans d’âge moyen, 56,8% de SJS ou NET), pour lesquels toutes les données étaient disponibles, ont pu être analysés. Au total, 63,3% des cas étaient liés à un seul médicament suspecté (n=381).
  • Dans 23,9% des cas (n=144), la prescription médicamenteuse était considérée comme inappropriée, principalement du fait d’une indication inappropriée (65,8%) ou d’une ré-exposition après une première allergie documentée (20,9%).
  • L’allopurinol et le cotrimoxazole étaient respectivement incriminés dans 51,9% et 13,5% des prescriptions considérées comme inappropriées. Les antibiotiques constituaient les principaux médicaments incriminés dans les ré-expositions après une première allergie documentée (bêta-lactamines notamment). Les cas liés aux anticonvulsivants survenaient fréquemment dans un contexte de prescription appropriée.
  • Parmi les cas liés à un seul médicament, la prescription semblait inappropriée dans 34,4% des cas (n=131), principalement pour prescription dans une indication non reconnue (70,9%).

Méthodologie

L’étude rétrospective a été basée sur le recueil de tous les cas de SJS, NET et DRESS déclarés au centre national de référence des maladies bulleuses toxiques entre 2003 et 2016 et auprès d’un réseau de 15 centres nationaux entre 2003 et 2012 (registre RegiSCAR). La prescription était considérée comme inappropriée lorsque l’indication n’était pas reconnue, en cas de réexposition médicamenteuse après une première allergie documentée au médicament, ou en cas d’usage de la molécule dans le cadre d’une automédication.

Limitations

Les chiffres de cette étude sont probablement sous-estimés étant donné la nature rétrospective de l’étude, et le fait que la durée de traitement et les posologies n’ont pas été analysées.