Allergies : la cohorte ELFE remet en question l’intérêt des laits infantiles partiellement hydrolysés

  • Davisse-Paturet C & al.
  • Pediatr Allergy Immunol
  • 17 juin 2019

  • Par Caroline Guignot
  • Résumé d’articles
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À retenir

Selon les données de plus de 11.000 nouveaux-nés issus de la cohorte française ELFE, les laits infantiles partiellement hydrolysés labellisés hypoallergéniques (LPH-HA) seraient en réalité associés à un risque de symptômes allergiques supérieurs à 1 et 2 ans : en effet, le risque d’allergie alimentaire serait supérieur chez ceux nourris par LPH-HA durant les deux premiers mois de vie par rapport à ceux nourris au lait maternel. De même, ceux ayant des antécédents allergiques familiaux présentaient un risque d’eczéma et de respiration sifflante supérieur à 1 an, par rapport à ceux nourris au sein durant les deux premiers mois de vie.

Cette étude étant la première à suggérer un sur-risque lié aux laits infantiles partiellement hydrolysés, les auteurs insistent sur la nécessité de conforter ces résultats par de nouvelles analyses. Ils soulignent que cette étude nourrit le débat sur la pertinence de recommander ces formulations en prévention des manifestations allergiques.

Pourquoi cette étude est-elle intéressante ?

Si quelques études ont décrit une efficacité préventive modérée des LPH-HA, une revue Cochrane a récemment conclu à un manque de preuve clinique permettant de soutenir l’intérêt de ces formulations. Une conclusion corroborée plus récemment par d’autres sociétés savantes en Suisse ou aux États-Unis. Il était intéressant d’évaluer si ces doutes étaient confirmés en population.

Méthodologie

L’étude ELFE (Étude Longitudinale Française depuis l’Enfance) a inclus 18.329 enfants nés en 2011 et suivis régulièrement. Après la naissance de leur enfant, les parents ont notamment répondu à des entretiens à 2 mois, 1 an et 2 ans de vie de leur enfant au cours desquels ils répondaient à des questions sur son alimentation et l’existence d’un diagnostic médical d’allergie aux protéines de lait de vache, d’eczéma, de respiration sifflante et d’asthme. À 2 ans, un questionnaire était également envoyé au médecin traitant sur le sujet.

Principaux résultats

  • Dans les familles sans antécédents d’allergie, les nourrissons nourris par lait maternel à l'âge de 2 mois présentaient un risque moins élevé d'eczéma à l'âge de 1 an par rapport à ceux nourris par laits non hydrolysés.
  • Pour ceux ayant des antécédents familiaux d’allergie, les LPH-HA à 2 mois étaient associés à un risque plus élevé d'eczéma à 1 an par rapport à ceux nourris par laits infantiles non hydrolysés. Après exclusion de ceux ayant reçu différentes formulations dans les 2 premières années de vie, les enfants ayant des antécédents familiaux encouraient un risque plus élevé d'eczéma ou d’allergie alimentaire à 2 ans que ceux nourris par laits non hydrolysés. Concernant le risque d’allergie alimentaire, cette relation restait vraie mais non statistiquement significative lorsque l’analyse était fondée sur le déclaratif du médecin traitant.
  • Enfin, le risque de respiration sifflante à 1 et 2 ans était supérieur chez les enfants nourris par LPH-HA dans les familles à antécédents allergiques.
  • Aucun lien n’a été établi entre l’alimentation du nouveau-né à 2 mois et le risque de crise d’asthme à 2 ans.
  • Des analyses de sensibilité ont été menées et ont globalement conforté ces associations, en montrant notamment que la nature des protéines des différentes formulations n’avait pas d’incidence.

Principales limitations

Certaines données étaient déclaratives de la part des parents et le lien de causalité n'est pas démontré.