Allaitement exclusif durant les 3 premiers jours de vie, une solution à bas coût pour réduire le risque d’allergie alimentaire

  • Urashima M & al.
  • JAMA Pediatr
  • 21 oct. 2019

  • Par Agnès Lara
  • Résumé d’articles
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À retenir

  • Cette étude montre que les allergies aux protéines de lait de vache et les allergies alimentaires sont beaucoup moins nombreuses à l’âge de 2 ans chez les enfants japonais nourris au sein durant au moins trois jours que chez ceux ayant reçu des laits infantiles à base de lait de vache dès la naissance.
  • Le fait d’éviter le lait de vache durant les trois premiers jours de vie représente donc une mesure facilement applicable partout dans le monde pour réduire l’incidence de ces pathologies, sans surcoût de prise en charge.

 

L’allaitement maternel, associé ou non à des formules de laits infantiles hypoallergéniques est largement recommandé pour réduire le risque d’allergie chez les enfants à risque. Mais des éléments récents de la littérature ont suggéré que ce risque pouvait être modifié si les formules de laits infantiles à base de lait de vache (FLILV) étaient introduites plus tardivement après la naissance. Notamment, le fait d’introduire une FLILV dès la naissance ou seulement 3 jours plus tard, de même qu’une supplémentation concomitante avec de la vitamine D, pourrait-il avoir un effet sur le risque ultérieur d’allergie aux protéines de lait de vache ou d’autres allergies alimentaires ? C’est la question à laquelle une équipe japonaise a voulu répondre au travers de l’essai Atopy Induced by Breastfeeding or Cow’s Milk Formula.

Introduction de formules de lait infantiles à base de lait de vache après 3 jours de vie ou dès la naissance

Cet essai randomisé réalisé en ouvert au sein du département d’obstétrique et de pédiatrie de l’hôpital universitaire Jikeia inclus 312 nouveau-nés à risque d’atopie (au moins un parent proche ayant été concerné par une pathologie d’origine allergique) qui ont été randomisés pour recevoir un allaitement au sein avec ou sans formule élémentaire à base d’acides aminés durant au moins les 3 premiers jours de vie (groupe BF/EA) ou bien allaités et supplémentés avec une FLILV (au moins 5 mL par jour, groupe BF/FLILV) dès la naissance. Ces enfants étaient suivis jusqu’à leur 2 ans, date à laquelle une sensibilisation au lait de vache et à d’autres allergènes alimentaires était recherchée (taux d’IgE ≥0,35 U/mL).

Moins de sensibilisation au lait de vache chez les enfants nourris exclusivement au sein dans les 3 premiers jours de vie

Sur les 302 enfants ayant pu être évalués jusqu’à l’âge de leurs 2 ans, 16,8% des enfants du groupe BF/EA étaient sensibilisés au lait de vache contre 32,2% dans le groupe BF/FLILV, avec un risque relatif (RR) de 0,52 [0,34-0,81]. Il n’y avait pas de différence significative entre les deux groupes concernant la prévalence des allergies alimentaires.

Lorsque les résultats étaient analysés en fonction du tertile des concentrations plasmatiques en vitamine D, la différence entre les deux groupes concernant la sensibilisation au lait de vache était davantage marquée pour des concentrations en vitamine D appartenant au tertile moyen (21 à 36 ng/mL) : 9,1% dans le premier groupe vs 48,9% dans le second (RR 0,19 [0,07-0,50], p=0,02 pour l’interaction). Mais aucune différence significative n’apparaissait pour les valeurs hautes ou basses de vitamine D. 

Moins d’allergies alimentaires et de maladies d’origine allergique

Concernant les allergies alimentaires immédiates à l’âge de 2 ans, elles étaient significativement moins fréquentes dans le groupe des enfants nourris au sein durant au moins 3 jours après la naissance (2,6%) que chez ceux qui avaient reçu des formules de lait infantile à base de lait de vache dès la naissance (13,2%) (RR 0,20 [0,07-0,57]), de même que les réactions de type anaphylactique : 0,7% vs 8,6% (RR 0,08 [0,01-0,58]). Les allergies au lait de vache étaient également moins fréquentes dans le premier groupe (0,7%) que dans le second (6,6%).