Allaitement chez les femmes sous antiépileptiques : l’exposition des nourrissons est faible au regard de l'exposition placentaire

  • Birnbaum AK & al.
  • JAMA Neurol
  • 30 déc. 2019

  • Par Agnès Lara
  • Résumé d’articles
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À retenir

  • Cette étude de cohorte menée chez des mères allaitantes traitées par antiépileptique montre pour 7 molécules différentes, que les concentrations plasmatiques retrouvées chez les nourrissons sont beaucoup plus basses que celles qui sont présentes chez leur mère.
  • Pour l’ensemble des 7 molécules d’antiépileptique utilisées, la concentration plasmatique retrouvée chez les nourrissons allaités représentait de 0,3% à 44,2% des concentrations mesurées chez les mères.
  • Au vu d’études antérieures ayant démontré un passage beaucoup plus important des antiépileptiques par voie placentaire, il est peu probable que l’allaitement apporte un risque d’exposition additionnel. Des résultats qui confortent les résultats d’autres études ayant rapporté l’absence d’effets délétères liés à l’allaitement des mères traitées par antiépileptiques sur de développement cérébral de l’enfant.

 

Il n’existe actuellement aucun consensus concernant l’allaitement de nourrissons dont les mères sont sous antiépileptiques (AE). Les études chez l’animal ont mis en évidence un effet délétère possible sur le développement cérébral des nourrissons, similaire à celui de l’alcool, mais les études chez l’homme sont rares et, bien qu’elles ne montrent pas d’effets délétères, ne permettent pas de recommander l’allaitement dans ces situations. Lorsque les mères sont traitées, l’exposition aux AE la plus importante a lieu in utero par passage transplacentaire. Quelle est la part de l’allaitement dans l’exposition des nourrissons aux AE ? Cela reste encore mal déterminé. Une étude menée dans 20 centres aux États-Unis a donc mesuré les concentrations d’AE chez des mères allaitantes traitées par AE et celles retrouvées chez leur nourrisson de façon à mieux caractériser l’exposition liée à l’allaitement. 

Quel pourcentage de la concentration plasmatique d’antiépileptique maternelle se retrouve chez l’enfant allaité ?

Menée sur 20 sites aux États-Unis, l’étude encore en cours a enrôlé 351  femmes enceintes épileptiques (14-45 ans), avec un âge gestationnel inférieur à 20 semaines, qui ont été suivies durant leur grossesse et jusqu’à 9 mois suivant l’accouchement. Les nourrissons allaités (n=222) ont été enrôlés à la naissance et seront suivis jusqu’à l’âge de 6 ans pour évaluer l’impact à long terme. Les résultats publiés pour l’heure concernent la mesure des concentrations d’antiépileptiques chez les nourrissons et leur mère 5 et 20 semaines après la naissance, et la proportion des concentrations plasmatiques d’AE retrouvées chez les nourrissons (pour chaque molécule utilisée en cas de polymédication) par rapport à celles présentes chez leur mère.

Une faible part de la concentration plasmatique d’AE maternelle se retrouve chez l’enfant

Les mesures des concentrations d’AE ont pu être obtenues pour 135 mères et 138 nourrissons. Dans 49% des cas, la concentration d’AE retrouvée chez les nourrissons était inférieure à la limite basse de quantification (LLoQ). Notamment, aucun des nourrissons dont les mères étaient traitées par carbamazépine, oxcarbazépine, valproate ou topiramate, n’avait des concentrations plasmatiques qui dépassaient la LLoQ. Les concentrations plasmatiques étaient inférieures à la LLoQ pour la plupart des nourrissons (71,4%) dont les mères étaient sous lévétiracétam et zonisamide, alors qu’elles étaient la plupart du temps (88,6%) supérieures à cette limite lorsque les mères étaient sous lamotrigine.

Pour l’ensemble des 7 molécules d’AE et d’un métabolite utilisés par les mères (carbamazépine, carbamazépine-10, 11 epoxide, lévétiracétam, lamotrigine, oxcarbazépine, topiramate, valproate et zonisamide), la proportion des concentrations plasmatiques d’AE des mères retrouvée chez les nourrissons variait de 0,3% pour l’oxcarbazépine à 44,2% pour le zonisamide (28,9% pour la lamotrigine, 5,3% pour le lévétiracétam). Seules les concentrations maternelles de lamotrigine ont pu être associées aux concentrations retrouvées chez les nourrissons.