Alimentation – santé – durabilité : une équation pas toujours facile à travers le monde


  • Nathalie Barrès
  • Résumé d’articles
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Nous ne sommes pas tous égaux à travers le monde face à l’impact de nos choix alimentaires sur notre santé et l’environnement. Si des pays à revenus faibles et modérés doivent encore intégrer dans leurs problématiques la dénutrition, les pays à revenus élevés se battent quant à eux contre l’obésité. À ces problématiques, s’ajoutent pour tous, des problèmes écologiques (diminution des ressources d’eau douce, déforestations, émissions de gaz à effet de serre (GES),…).

Un groupe d’experts a réalisé une modélisation afin d’évaluer les taux de GES et de consommation en eau bleue (eaux de surface ou souterraines) et verte (humidité des sols due aux précipitations) associés à 9 régimes alimentaires et appliqués à 140 pays. Les régimes modélisés respectaient les besoins nutritionnels et variaient entre eux par la proportion de végétaux et de produits d’origine animale.

D’où sont-ils partis ?

Pour ces modélisations, les scientifiques ont considéré la consommation de base du pays comme point de départ à partir de données de 2011-2013 de la Food and Agriculture Organization of the United Nations (FAO) et en ont tenu compte pour les modélisations de façon à ce que les 9 régimes étudiés soient applicables localement. 

Quels sont les principaux enseignements ?

Cette publication analyse la situation pays par pays. Considérons ici quelques-uns des constats généraux émis par ses auteurs :

  • Les viandes des ruminants (bovins, ovins, caprins) sont de loin les produits les plus producteurs de GES. En moyenne il faut compter 6,54 kg de CO2 par portion. Soit respectivement 316, 115 et 40 fois plus de GES qu’une portion de légumineuses, de noix ou graines ou de soja.
  • Les régimes végétaliens et les régimes composés de faibles quantités d’animaux du bas de la chaîne alimentaire (sardine, hareng, carpes, mollusques, insectes,…) sont ceux qui ont les plus faibles empreinte en GES et en eau. Et les seconds permettent tout de même un apport en vitamine B12 contrairement aux premiers.
  • Dans 95% des pays évalués, les régimes alimentaires qui n’incluaient des produits d’origine animal qu’à un seul repas par jour étaient moins contributeurs en GES que les régimes lacto-ovo-végétariens.
  • La contribution d’un pays pour un même régime alimentaire à la production des GES dépend notamment de la contribution du pays à la déforestation et à des formes d’aquaculture à forte consommation d’eau douce. 
  • Les ajustements nécessaires pour atténuer les écarts nutritionnels de certains pays peuvent parfois venir effacer les efforts de réduction des émissions de GES liés aux changements de modes alimentaires. 

Une évolution théorique vers un régime végétalien par les 140 pays étudiés diminuerait l’empreinte de l’alimentation sur les GES de 70% en moyenne par rapport au niveau de référence. Ce régime serait celui qui aurait le moins d’émission de GES dans 97% des pays étudiés. Les changements alimentaires doivent cependant s’inscrire dans un contexte de faisabilité sociale, économique, écologique et agronomique. Les constats émis par ces chercheurs pourront peut-être contribuer au niveau local à informer et à mettre en place des stratégies de santé publique intégrant les objectifs écologiques pour les pays à revenus importants et aider les pays en voie de développement à effectuer une transition nutritionnelle respectueuse de la santé et de l’environnement et éviter certains travers d’une alimentation de type occidental.