Alimentation pro-inflammatoire et santé musculo-squelettique : quoi de neuf ?

  • Cervo MM & al.
  • Clin Nutr
  • 21 févr. 2019

  • Par Nathalie Barrès
  • Résumé d’articles
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À retenir 

Cette étude prospective menée chez des sujets âgés non institutionnalisés montre qu’une augmentation du score DII-E - signe d’une alimentation pro-inflammatoire plus importante - serait associée à une incidence plus élevée de fractures (toutes fractures confondues) chez l’homme et à une légère baisse chez la femme. Les auteurs expliquent cette spécificité par une diminution de la masse maigre appendiculaire et une augmentation du risque de chute chez l’homme, mais pas chez la femme. L’alimentation pro-inflammatoire impacterait la santé musculo-squelettique par une dérégulation du système immunitaire, une sur-stimulation des ostéoclastes et une réduction de l’activité des ostéoblastes. Ces spécificités suggèrent que l’inflammation aurait des effets différents sur la santé musculo-squelettique en fonction du sexe. 

Pourquoi cette étude a-t-elle été menée ?

Les taux sanguins des marqueurs de l’inflammation augmentent avec l’âge. Il est admis que la consommation de fibres, d’acides gras oméga-3, de vitamine E et de vitamine C, diminue la concentration de certains marqueurs de l’inflammation (protéine C-réactive (CRP), interleukine 6 (IL-6), tumor necrosis factor alpha(TNF-alpha)). Mais jusqu’à présent, peu d’études ont évalué le potentiel inflammatoire de l’alimentation dans sa globalité.

Méthodologie

L’étude prospective Tasmanian Older Adult Cohorte Study (TASOAC) a inclus 1.098 individus âgés, non institutionnalisés (âge moyen 63 ans, 51% d’hommes). Après 5 années de suivi, les données de 768 individus ont été utilisées pour les analyses et 566 à 10 ans de suivi. Le Dietary Inflammatoire Index (DII) a permis d’évaluer le potentiel inflammatoire global de l’alimentation d’un individu. Le DII ajusté aux calories (DII-E) a été calculé en utilisant un questionnaire de fréquence alimentaire. Les relations entre le DII, la santé osseuse (mesurée par la densité minérale osseuse (DMO), l’incidence des fractures), la sarcopénie (mesurée par la force des muscles extenseurs du genou, la force des muscles des membres inférieurs et leur qualité - force/masse maigre au niveau de la jambe -, la force de préhension, la masse maigre appendiculaire), et le risque de chute ont été évaluées.

Principaux résultats

Le DII-E moyen était de -0,48 , -0,25 chez l’homme et -0,70 chez la femme. Cela signifiait que les femmes consommaient plus d’aliments anti-inflammatoires que les hommes.

  • Les hommes qui consommaient le plus d’aliments anti-inflammatoires (faible score DII-E) étaient plus susceptibles d’être âgés, avaient une DMO lombaire et à la hanche totale plus élevée et étaient moins susceptibles d’être fumeurs par rapport à ceux qui avaient un score DII-E élevé. Pour chaque unité supplémentaire de score DII-E (augmentation de l’alimentation pro-inflammatoire), la masse maigre appendiculaire et la force de préhension avaient tendance à diminuer (non significatif).
  • Les femmes qui consommaient le plus d’aliments anti-inflammatoires étaient plus âgées que les autres, avaient une pourcentage de masse grasse corporelle plus faible, étaient moins susceptibles d’être fumeuses ou d’avoir eu une fracture depuis plus de 10 ans par rapport à celles qui avaient une alimentation pro-inflammatoire.
  • Chez les hommes comme chez les femmes, l’augmentation du score DII-E, était associée à une augmentation de la qualité musculaire après 10 ans. Aucune autre modification en lien avec les critères d’une sarcopénie entre l’inclusion et le suivi à 10 ans n’a été mise en évidence.
  • Une augmentation du risque de chute à 10 ans a été retrouvée chez les hommes ayant une alimentation pro-inflammatoire à l’inclusion, mais pas chez la femme. Toute augmentation d’une unité de score DII-E était associée à une augmentation du risque global de fracture de 9% chez l’homme et à une légère diminution chez la femme.

Principales limitations

  • Faibles variations du score DII-E (-3,80 à +3,23 unités) au sein de l’étude.
  • Les données concernant les fractures étaient autodéclarées.
  • Score DII-E calculé à partir de 19 nutriments seulement.