AIDES émet ses recommandations aux pouvoirs publics pour l’après 11 mai


  • Caroline Guignot
  • Actualités Médicales
L'accès à l'intégralité du contenu de ce site est reservé uniquement aux professionnels de santé disposant d'un compte. L'accès à l'intégralité du contenu de ce site est reservé uniquement aux professionnels de santé disposant d'un compte.

AIDES émet ses recommandations aux pouvoirs publics pour l’après 11 mai

Forte de son expérience acquise par 35 années de lutte contre le VIH-Sida, l’association AIDES a établi des recommandations pour que le déconfinement repose sur la pédagogie et l’autonomisation des citoyens plutôt que la contrainte...


 

Alors que les perspectives de déconfinement se précisent, l’association AIDES a souhaité rappeler aux pouvoirs publics et décideurs* de la crise sanitaire liée au COVID-19 comment les enseignements tirés de 35 années de lutte contre le VIH-Sida peuvent être utiles à la gestion des mois, voire années, à venir.

« Les politiques publiques de lutte contre une épidémie ne peuvent se construire à l’abri des besoins, de l’expérience, et de la parole des premiers-ères concernés-es » insiste-t-elle en préambule de ses recommandations. Ce qui impose, à l’image de ce qui constitue aujourd'hui la lutte contre le VIH, de ne pas dicter « des comportements standards uniques, mais de donner à tous et à toutes une information claire, transparente et compréhensible qui permettra à chacun-e et chacune d’agir selon sa situation », à condition « qu’ils-elles aient accès aux moyens de prévention, adaptés à leurs comportements et besoins, sans que ne soient jugés leurs choix et pratiques individuels. »

L’association a ainsi défini quatre piliers incontournables dans la politique à venir :

- Une stratégie plaçant au centre de toute action la garantie des droits fondamentaux ;

- Des actions de prévention et de dépistage guidées par les principes de la réduction des risques et notamment fondés sur la pédagogie plutôt que sur la contrainte ;

- Un encadrement strict de l’usage de la surveillance numérique ;

- Une stratégie d’action pour éviter les ruptures d’approvisionnement et pour prévenir les tensions et pénuries de matériels et produits de santé.

Comme pour le VIH, le SARS-CoV-2 impose une politique de réduction des risques et un dépistage volontaire

« N’ayant pas mis les moyens dans une politique d’anticipation des crises sanitaires et de prévention, le gouvernement français a jusqu’ici fondé sa gestion de la crise sanitaire actuelle autour d’une politique coercitive » regrette l’association, soulignant le « durcissement du contrôle social qu’a représenté la création d’une infraction spécifique de non-respect des règles de confinement » dans un contexte particulier « de brouillage des frontières entre santé publique et logique sécuritaire. » « Les études en santé publique montrent que la pénalisation des comportements est vouée à l’échec » rappelle AIDES, insistant pour que la phase de déconfinement s’organise cette fois afin de garantir une égalité de traitement de tou.te.s, et nécessitant une prise en compte particulière des publics les plus fragiles.

À l’image de la lutte contre le VIH, celle qui doit être articulée face au SARS-CoV-2 doit être fondée sur une approche de réduction des risques, avec une autonomisation des personnes et « en considérant les citoyens-nes comme des personnes responsables, capables de comprendre les informations et de saisir des enjeux sanitaires. » Aussi, « le dépistage ne doit pas être contraint, ni obligatoire » : en faisant le pari d’un choix personnel de chacun, le dépistage ne se réduirait alors pas « à un acte technique » mais comme la possibilité « de se protéger et de protéger les autres », une démarche de santé qui pourrait être renforcée par un entretien sur les pratiques de prévention et de l’accès aux soins, avec les pairs ou les professionnels de santé. De même les « recommandations fortes » en faveur du test pourraient créer une pression sociale sur les plus fragiles face au COVID-19 qu’il convient d’accompagner.

AIDES se prononce également contre l’application StopCovid, sur la base des éléments connus actuellement sur cet outil de traçage numérique des cas COVID-19, du fait que les conditions de sécurité et de garanties des droits fondamentaux ne sont pour l’heure pas réunies.

Enfin, comme d’autres acteurs, l’association appelle à ce que l’État mette en œuvre les moyens suffisants pour garantir l’accès aux matériels et médicaments indispensables à la gestion de cette crise sanitaire comme aux personnes atteintes de maladies graves ou chroniques.

 

* Cette contribution a été envoyée : à la Direction générale de la santé du ministère des solidarité et de la santé ; à Jean Castex, chargé par le Premier ministre de coordonner le travail de réflexion du gouvernement sur les stratégies de sortie progressive du confinement de la population française dû à la pandémie de Covid-19 ; au Conseil scientifique Covid-19 ; au Comité consultatif national d'éthique (CCNE) ; au Défenseur des droits ; à la Commission nationale consultative des droits de l'homme (CNCDH) ; au Conseil économique, social et environnemental (CESE).