Agrumes et risque de cancer : enfin des données épidémiologiques !

  • Mahamat-Saleh Y & al.
  • Eur J Epidemiol

  • Nathalie Barrès
  • Résumé d’articles
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À retenir

Une étude prospective européenne de très large envergure montre que la consommation importante d’agrumes (en fruits ou en jus) augmenterait le risque de cancer cutané. La consommation d’agrumes sous forme de fruits augmenterait plus particulièrement le risque de mélanome alors que la consommation de jus de fruit augmenterait celui de carcinome basocellulaire et épidermoïde. Ces données sont cohérentes avec celles de la littérature portant sur des études américaines. Ces résultats sont cependant à mettre en balance avec le fait que ces aliments sont des sources importantes de vitamine C et présentent des effets antioxydants intéressants. Les auteurs de cette publication rappellent que d’autres analyses menées sur la cohorte EPIC (European Prospective Investigation into Cancer and Nutrition) avaient démontré une relation inverse entre la consommation d’agrumes et les cancers non cutanés (poumon, gastrique, prostate, thyroïde).

Pourquoi ces résultats sont intéressants ?

Plusieurs études prospectives de cohortes de large envergure ont déjà suggéré qu’il existerait une association entre la consommation d’agrumes et le risque de cancer cutané. Cette association est hautement probable si l’on considère que les agrumes sont riches en furocoumarines – notamment en psoralène – agent photosensibilisant. Mais il n’y avait jusqu’à présent pas de données épidémiologiques permettant de mieux qualifier ce risque. 

Méthodologie

Les auteurs de cette publication ont évalué l’association entre la consommation d’agrumes et le risque de cancer à partir des données de l’étude EPIC, une étude multi-centrique prospective initiée en 1992. En résumé cette étude a inclus un peu plus de 520.000 individus âgés pour la plupart de 25 à 70 ans à partir de 10 pays européens. À l’inclusion les individus ont répondu à un questionnaire permettant d’évaluer leur consommation alimentaire sur les 12 derniers mois. L’incidence des cas de cancer et la mortalité ont été identifiées par différentes méthodes, dont respectivement les données des registres nationaux du cancer, les données de l’assurance maladie,…et les registres nationaux et régionaux des décès.

Principaux résultats

Sur un suivi moyen de 13,7 ans, 8.448 cas de cancers ont été identifiés : 1.371 mélanomes, 5.604 carcinomes basocellulaires, 1.165 carcinomes épidermoïdes et 306 de types non identifiés. Les plus gros consommateurs d’agrumes ingéraient en moyenne quotidiennement environ 125 g d’agrumes sous forme de fruits et 95 g de jus d’agrumes, alors que les plus faibles consommateurs en ingéraient quotidiennement respectivement 3 g et 8 g en moyenne. 

La consommation moyenne d’agrumes était de 90,9 g/jour au sein de l’ensemble de la cohorte. La consommation d’agrumes était plus élevée dans les pays du sud de l’Europe (Espagne, Italie, Grèce) que dans les pays du nord. Les plus grands consommateurs d’agrumes avaient tendance à être jeunes et plutôt de sexe féminin, avec un niveau élevé d’éducation, un bon niveau d’activité physique, et consommaient beaucoup plus de fruits et légumes que les autres. Ils étaient également moins souvent fumeurs, consommateurs d’alcool et de café que ceux qui ne consommaient pas beaucoup d’agrumes. 

  • Une forte consommation globale d’agrumes augmentait de 10% le risque de développer un cancer cutané par rapport à une faible consommation : hazard ratio 1,10 [1,03-1,18], p=0,001. Le risque de carcinome basocellulaire était augmenté de 11% et le risque de carcinome épidermoïde de 23%. En revanche aucune association n’a été mise en évidence entre la consommation globale d’agrumes et le risque de mélanome (HR 0,98 [0,83-1,15]).
  • La consommation d’agrumes sous forme de fruit ou de jus était positivement et linéairement associée au risque de cancer cutané, avec une augmentation significative du risque de 8% dans les deux cas entre les plus gros et les plus faibles consommateurs. 

En regardant de plus près, la consommation d’agrumes sous forme de fruit était significativement et uniquement associée à une augmentation du risque de mélanome (+23% entre les plus forts et plus faibles consommateurs). Alors que la consommation d’agrumes sous forme de jus était significativement associée au risque de carcinome basocellulaire et épidermoïde (respectivement +10% et +23% entre les plus forts et les plus faibles consommateurs). 

Limitations

Soulignons un manque d’information concernant les activités de plein air avec exposition au soleil et les facteurs de risque de cancer (pigmentation, antécédents familiaux,…).