Agressions sexuelles, troubles du comportement alimentaire et conséquences psychologiques : nouvelles données

  • Malet-Karas A & al.
  • Eat Weight Disord

  • Nathalie Barrès
  • Résumé d’articles
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Commentaire pour la pratique clinique de l’un des auteurs Pr Éric Bertin, Responsable du Centre Spécialisé dans l’Obésité de Champagne-Ardenne (CSO CA) : « Compte tenu de la fréquence des antécédents de psycho-traumatismes sexuels chez les personnes atteintes de troubles du comportement alimentaire, il est nécessaire d’améliorer le dépistage de ces évènements traumatiques en médecine générale.

Ainsi, un traumatisme sexuel devrait être systématiquement suspecté devant :

  • une obésité de début « brutal» dans l’enfance
  • une anorexie mentale ou une boulimie particulièrement résistante aux traitements, notamment en présence d’une forte auto-agressivité (ex : scarifications, prise de boissons brûlantes) ou de non acceptation des sensations « agréables » comme le toucher doux.

L’établissement d’une relation de confiance et une sécurisation quant à l’accompagnement de la personne au décours, sont des éléments essentiels à la libération du trauma. » 

 

À retenir

Une nouvelle étude a évalué les liens potentiels entre les violences sexuelles et les troubles du comportement. À partir de plus de 12.000 victimes d’abus sexuels, cette étude confirme :

  • Le lien entre agressions sexuelles et troubles du comportement alimentaire, en particulier lorsque les premiers abus ont été commis dans l’enfance ;
  • Le lien entre agressions sexuelles et conséquences psychologiques sévères.

Les auteurs insistent sur le fait que le trouble alimentaire est à considérer dans ce contexte comme une stratégie d’adaptation face à une perturbation émotionnelle due à un événement traumatique, et devrait être traité comme tel.

 

Pourquoi est-ce important ?

Les troubles du comportement alimentaire conduisent à une exclusion sociale, à une faible qualité de vie et à de multiples complications somatiques. Difficile de définir la prévalence de ces troubles qui restent pour certains d’entre eux sous-diagnostiqués. L’anorexie mentale et la boulimie sont plus souvent rencontrées chez les femmes que chez les hommes et l’hyperphagie boulimique (binge eating) de manière similaire quel que soit le genre. Ces troubles restent complexes à prendre en charge. Seule l’approche nutritionnelle associée à la psychothérapie (en particulier les thérapies familiales) ont montré un bénéfice pour les sujets souffrant d’anorexie mentale.

 

Méthodologie

À partir d’un échantillon de 12.638 victimes de violences sexuelles, des chercheurs ont analysé plus précisément les caractéristiques (âge, type d’agression) et les conséquences médicales (syndrome de stress post-traumatique, dépression, tentative de suicide, troubles de l’anxiété, etc.) de 546 sujets ayant développé des troubles du comportement alimentaire. Les informations concernant les sujets proviennent des données d’une association à but non lucratif « Collectif Féministe contre le Viol » créée en 1985 qui enregistre les plaintes des victimes (ou de leurs proches, ou des professionnels) et qui leur apporte des informations et un soutien.

 

Principaux résultats

Sur l’ensemble des victimes d’abus sexuels, 94,6% étaient des femmes, et 4,3% des individus avaient développé des troubles du comportement alimentaire (538 femmes et 8 hommes). L’anorexie restrictive était le trouble du comportement alimentaire le plus fréquent (41%). Les premières violences sexuelles avaient été subies significativement plus précocement chez les sujets qui avaient développé des troubles du comportement alimentaire que chez les autres (12 ans versus 16 ans, p<0,001).

La prévalence des autres conséquences des abus sexuels était beaucoup plus fréquente chez les sujets qui avaient développé des troubles du comportement alimentaire : 11 fois plus d’automutilations, troubles sphinctériens et dépression (presque x6), tentatives de suicide, consommation de médicament, anxiété et troubles associés (environ x5), alcoolisme et syndrome de stress post-traumatique (presque x4).

 

Principales limitations

Données autodéclarées sans administration d’un questionnaire systématique pour évaluer le trouble du comportement alimentaire ou les conséquences.