Adolescence et agression sexuelle : impact d’une thérapie de groupe


  • Nathalie Barrès
  • Résumé d’articles
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À retenir

Une étude portant sur l’impact d’une thérapie de groupe chez des adolescentes victimes d’agression sexuelle montre que la majorité des symptômes en lien avec des problèmes intériorisés, des difficultés relationnelles et certains problèmes cognitifs sont améliorés par cette prise en charge. Les symptômes associés à l’agression sexuelle, les symptômes de stress post-traumatique, la dissociation et le sentiment de culpabilité liés à l’agression sexuelle pourraient également être améliorés. Cet accompagnement pourrait permettre la restructuration cognitive des pensées et croyances inadaptées contribuant à réduire la sévérité des symptômes de dissociation. En revanche, selon les résultats de cette étude, les comportements extériorisés (délinquance, agressivité) ne seraient pas modifiés par ces interventions. Cette étude met également en évidence qu’un nombre important de victimisation pourrait réduire les effets bénéfiques de cet accompagnement. 

Méthodologie

Pour cette étude des jeunes filles ont été recrutées au sein d’un Centre d’intervention en abus sexuels pour la famille québécois. Celles-ci initiaient un accompagnement de groupe suite à une déclaration d’agression sexuelle. Les participantes ont complété un questionnaire de manière volontaire à deux reprises (avant et après la prise en charge de groupe). Ce programme s’échelonnait sur 19 à 22 semaines, chaque séance durait en moyenne 2h30. Plusieurs outils ont été utilisés pour évaluer les problèmes comportementaux, notamment le « Youth Self-Report » pour évaluer les comportements intériorisés (anxiété, retrait, somatisation) et extériorisés (délinquance, agressivité), d’autres troubles de la pensées (obsessions, compulsions, hallucinations, délires, troubles de l’attention), les problèmes de stress post-traumatique,  l’ »Adolescent Dissociative Experience Scale » pour évaluer différentes formes pathologiques d’expériences de dissociation, et le « Children’s Impact of Traumatic Events Scale II » pour la sévérité du sentiment de culpabilité concernant l’agression sexuelle. Le score de victimisation a été également calculé pour identifier les autres agressions sexuelles que celles justifiant l’accompagnement : les intimidations par les pairs, l’exposition à la violence physique interparentale, la négligence, la violence physique et l’abus émotionnel.

Principaux résultats

Au total, 44 adolescentes ont été incluses dans l’étude (âge médian 14,9 ans, 90% d’origine Canadienne, 90,9% étaient scolarisées à plein temps). En début d’intervention, 64% environ vivaient avec leur famille proche ou éloignée et 34% étaient en famille d’accueil ou centre d’accueil (situation non identifiée pour 1 participante).

L’âge moyen de l’agression était de 10,37 ans. Dans 72,7% des cas, les agressions sexuelles étaient perpétrées par un membre de la famille immédiate ou élargie (20,5% un parent biologique, 27,3% un conjoint du parent, 13,6% par un frère, sœurs, demi-frère, demi-sœur, 11,4% un autre membre de la famille (grand-parent, cousin)). Dans 11,4% des cas, l’agression avait été commise par un partenaire amoureux. Les actes étaient sévères chez 62,8% avec pénétration ou tentative de pénétration, et répétées ou chroniques dans 53,5% des cas. Les adolescentes déclaraient avoir vécu 3,97 formes de victimisation. La moitié ayant vécu entre 3 et 5 formes de victimisation.

L’intervention en groupe permettait de diminuer significativement les problèmes intériorisés notamment les comportements de retrait et d’anxiété. En revanche, ces interventions n’auraient pas d’effet sur la somatisation et les problèmes extériorisés. Les autres problèmes (difficultés relationnelles, troubles de la pensée, problème d’attention) semblent avoir été améliorés, mais de manière marginale. Les adolescentes ont rapporté des scores significativement moins élevés pour les symptômes de stress post-traumatisme, de dissociation et pour le sentiment de culpabilité.

Une association positive a été mise en évidence entre le nombre de victimisations vécues et les expériences de dissociation, mais pas avec les problèmes de pensées, de symptômes de stress post-traumatique, de sentiment de culpabilité. Les adolescentes qui avaient vécu moins de formes de victimisation ont montré une amélioration plus importante des symptômes de retrait, d’anxiété, de symptômes intériorisés et de dissociation que les autres.

Limitations

Cette étude n’a pas de groupe témoin et l’effectif est réduit. Des confirmations de ces résultats sont donc nécessaires.