Acupuncture : utile ou illégitime ?


  • Serge Cannasse
  • Actualités Médicales
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Mike Cummings, directeur médical de la Société britannique d’acupuncture médicale ( British Medical Acupuncture Society ), s’appuie sur une revue de littérature portant sur 20,827 patients atteints de douleurs chroniques : elle montre un bénéfice modéré sur celles-ci en comparaison des traitements habituels et se maintenant pendant un an chez 85% des patients. Il n’est pas supérieur à celui d’une acupuncture non conduite dans les règles de l’art. De plus, même ce leurre d’acupuncture est associé à une amélioration de la qualité de vie en comparaison des traitements habituels. Pour Mike Cummings, ces résultats devraient inciter les praticiens à une « approche plus souple » des recommandations officielles, quitte à s’en éloigner. Il ajoute que l’acupuncture a des effets secondaires à long terme bien inférieurs à ceux des anti-inflammatoires non stéroïdiens, ce qui peut s’avérer particulièrement précieux chez les patients âgés ayant des douleurs musculo-squelettiques chroniques et de l’arthrose.

Sa position est soutenue par une patiente, Kumari Manickasamy, qui explique dans un commentaire que l’acupuncture a souvent été une aide précieuse pendant sa grossesse pour soulager des douleurs intenses et rebelles de la ceinture abdominale, en présence d’un choix thérapeutique restreint.

A l’inverse, les preuves de l’efficacité clinique de l’acupuncture sont très insuffisantes, rétorquent les Professeurs Asbjørn Hróbjartsson (Danemark) et Edzard Ernst (Exeter). Selon ces derniers, les études cliniques ont des effectifs trop faibles pour qu’il soit possible de mettre en évidence d’éventuels biais et un effet placebo. Aussi, pour eux, il est plus légitime de s’interroger sur le problème éthique d’utiliser un placebo plutôt que sur une hypothétique efficacité. Après des décennies de recherche, concluent-ils, il n’y a toujours aucune explication sur un éventuel mécanisme d’action, aucune preuve scientifique solide d’une bonne efficacité, et pas de données sur d’éventuels effets délétères.

Ils ajoutent que dans un contexte de ressources limitées, il n’y a aucune raison pour que le système de santé finance des soins qui se révèlent coûteux. Mike Cummings admet que l’acupuncture induit des frais supérieurs à ceux des thérapies antalgiques habituelles, en termes d’investissements matériels et de personnels. Mais il ajoute qu’ils peuvent être largement diminués par la mutualisation des moyens entre établissements de santé.

Le BMJ rappelle que l’acupuncture est recommandée pour les douleurs dorsales aux États-Unis, ce qui n’est plus le cas en Grande-Bretagne. En revanche, dans ce pays, elle reste recommandée pour les céphalées. En France, la HAS a donné un « avis favorable » à la réalisation d’une séance d’acupuncture dans les conditions qu’elle a définies. Dans un rapport publié en 2014, l’INSERM insistait sur le « challenge » que représente l’acupuncture et soulignait « qu’on ne sait pas véritablement conclure alors que des données sont disponibles. »