Activité physique et cancer du sein : que sait-on ? (partie 3)

  • Cytokine Growth Factor Rev

  • Par Nathalie Barrès
  • Actualités médicales
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Après un premier article sur les relations entre le muscle squelettique, le tissu adipeux et les cytokines, puis un second sur les relations entre obésité et cancer du sein, voici quelques éléments pour aborder l’état des connaissances sur l’impact de l’activité physique sur le cancer du sein dans un contexte d’obésité :

  • Il a été démontré que l’activité physique permettait de réduire le risque de cancer du sein de 27% chez les femmes préménopausées et de 31% chez les femmes post-ménopausées. L’impact de l’activité physique sur le développement du cancer du sein passe notamment par la modulation des marqueurs de l’inflammation, de la fonction immunitaire, des hormones sexuelles, de l’insuline, et des adipokines. 
  • Il est démontré également que l’activité physique rétablit la lipolyse du tissu adipeux, alors que celle-ci est diminuée dans l’obésité et par un régime riche en graisses.
  • L’inactivité physique favorise un état pro-inflammatoire. 
  • Une corrélation linéaire a été mise en évidence entre réduction de l’IMC par l’activité physique et réduction du risque de cancer du sein. Une corrélation qui met en scène l’hypothèse d’un effet protecteur de l’activité physique par modulation des effets délétères de l’obésité sur la cancérogenèse. Cependant, les preuves directes formelles manquent encore à ce jour.
  • L’activité physique diminue les taux d’œstrogènes, indépendamment de la perte de poids, par trois mécanismes : elle diminue directement la sécrétion d’œstrogènes, elle augmente la sécrétion de proteine SHBG (Sex hormon binding globuline) circulante qui se lie aux œstrogènes et réduit leur biodisponibilité, et elle normalise la leptine – substance pro-inflammatoire - qui est augmentée dans l’obésité.
  • Certaines de ces relations ont été obtenues sans modification de la masse grasse, ce qui est important, car suggère qu’il n’est pas nécessaire d’avoir une perte de poids pour avoir les bénéfices de l’activité physique.
  • Une autre hypothèse de l’effet bénéfique de l’activité physique sur le cancer du sein associé à l’obésité s’appuie sur la modulation du statut inflammatoire.
  • Divers facteurs influencent le développement d’un cancer du sein. Si le principal facteur favorisant est l’âge, notons que le risque de développer un cancer du sein est 2 à 3 fois plus élevé chez les femmes qui présentent des taux d’œstrogènes élevés. Ceux-ci favorisent le risque de mutation et la prolifération des cellules cancéreuses des tumeurs mammaires. Ils ont également viacertains de leurs métabolites, un rôle dans le métabolisme oxydatif. Au cours du cancer du sein, les adipocytes des seins se modifient, deviennent plus petits, et sécrètent des œstrogènes et des adipokines qui contribuent à la progression tumorale. 
  • L’exercice physique module les taux d’oncostatine (ils sont augmentés en début d’exercice et diminuent 2 heures après l’exercice), or cette cytokine a des effets anti-prolifératif, et pro-apoptotique in vitro.
  • L’irisine augmente également lors de l’activité physique et on lui connaît un effet pro-apoptotique sur les cellules malignes in vitroIn vivo, une corrélation inverse a été mise en évidence entre les taux d’irisine sérique, la présence de cancer du sein et de métastases vertébrales. Cependant aucun lien direct n’a été démontré.

À ce jour les études ont surtout exploré le rôle des œstrogènes, des adipokines, des myokines en conditions physiologiques, mais de nombreuses molécules sont impliquées dans ces phénomènes. Plusieurs études évaluent l’impact de l’activité physique en termes d’intensité, de durée, de fréquence et de type d’activité sur la qualité de vie des sujets concernés, mais les mécanismes en jeu ne sont pas encore totalement élucidés . Enfin, notons l’importante hétérogénéité des études en termes d’intensité et de durée de l’activité physique, qui rend difficile les analyses comparatives de certaines données disponibles dans la littérature. Des constats qui appellent à la conception de nouvelles études pour éclaircir les mécanismes en jeu, car la compréhension de ces phénomènes favoriserait la prise de conscience et le passage à l’acte.