Accès aux soins et attractivité territoriale


  • Serge Cannasse
  • Actualités Médicales
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Avec l’importance grandissante de la problématique de l’accès aux soins, de nombreux travaux ont cherché à cerner sa composante géographique. Dans un premier temps, les variables étudiées étaient la densité des professionnels de santé, puis la distance ou le temps nécessaires pour les consulter. Y ont été ajoutés ensuite une estimation des besoins en soins selon l’âge de la population et celle de l’activité des médecins. Ces quatre variables sont intégrées dans un indicateur aujourd’hui bien connu des professionnels, l’APL (accessibilité potentielle localisée).

Prise en compte de nombreuses variables

Deux chercheurs de l’IRDES (Institut de recherche et documentation en économie de la santé) ont proposé une nouvelle typologie tenant compte de l’attractivité de la zone géographique étudiée, le territoire étant le niveau qu’ils ont retenu (au nombre de 2.677 en France métropolitaine). De plus, l’offre de soins et les caractéristiques des populations sont décrites en utilisant un plus grand nombre de variables, qui est potentiellement élevé. Les chercheurs ont décidé d’en retenir 32, ce qui fait tout de même beaucoup. Pour simplifier, ils ont donc eu recours à la technique statistique de l’analyse en composante principale, qui définit des axes factoriels, c’est-à-dire des regroupements de variables corrélées entre elles. Ils en ont proposé 8. Enfin, pour construire leur typologie, ils ont utilisé la technique de la classification ascendante hiérarchique.

Six groupes de territoires

Leur démarche aboutit à 6 groupes (ou classes) de territoires de vie.

1.     Espaces périurbains, avec une moindre accessibilité aux soins primaires (généralistes), caractérisés par une population plutôt jeune, en forte croissance, un taux d’emploi élevé, un état de santé dans la moyenne nationale.

2.     Marges rurales, peu attractives, aux populations fragiles (état de santé, revenus, personnes âgées, etc), une moindre offre de soins primaires (généralistes, infirmières, etc) et un fort niveau d’enclavement (distances aux établissements de santé et aux grands pôles urbains et de services supérieures à la moyenne). Elles existent dans toutes les régions, mais surtout dans le centre de la France.

3.     Espaces de tourisme et de retraite  relativement bien dotées en offre de soins et attractifs. Ils se situent principalement dans la moitié sud de la France, sur les littoraux, dans les massifs alpins, corses et pyrénéens.

4.     Espaces urbains ou ruraux défavorisés aux plans socio-économiques et sanitaires. Ils sont principalement situés dans le nord-est de la France autour de villes petites et moyennes ou d’anciens bassins miniers fortement peuplés.

5.     Villes centres, hétérogènes socio-économiquement (par exemple, co-existence de populations fragiles et de populations jeunes avec un bon niveau d’éducation) et à l’offre de soins abondante. La plupart sont situées au cœur des métropoles ou dans les préfectures régionales et départementales.

6.     Villes et couronnes périurbaines favorisées. Ce sont surtout des villes favorisées ou les banlieues des principales métropoles régionales.

Un outil pour évaluer les politiques publiques d’accès aux soins

Pour ses auteurs, cette nouvelle typologie affine les résultats des précédentes, en mettant en valeur les fortes disparités entre départements (mais sans examiner la situation des territoires hors métropole) : espaces défavorisés en déclin du nord-est, littoraux attractifs, métropoles et couronnes urbaines favorisées, espaces ruraux en marge. Ils invitent à descendre à des échelons encore plus fins, notamment pour mieux décrire les fractures socio-sanitaires infra-communales, en utilisant le maillage Iris (Ilots regroupés pour l’information statistique). Enfin pour eux, l’utilité principale de ce genre de travaux est de permettre d’évaluer les politiques publiques visant à améliorer l’accès aux soins en comparant des territoires semblables qui en bénéficient avec ceux qui n’en bénéficient pas.