Abus de substances : un très lourd fardeau pour la santé mondiale

  • GBD 2016
  • Lancet
  • 22 sept. 2018

  • Par Agnès Lara
  • Résumé d’articles
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À retenir

Les données du Global burden of disease 2016 montrent que l’usage d’alcool et d’autres drogues contribue de façon importante au fardeau de la maladie dans le monde, mais avec de fortes disparités selon les régions. Le fardeau attribuable à l’alcool et aux drogues est en effet étroitement associé au développement socio-économique. Si l’usage abusif d’alcool est plus fréquent dans les pays à faibles revenus, le fardeau de l’usage des drogues est lui, plus important dans les pays à revenus élevés et directement attribuable à la consommation de drogues plutôt qu’à ses conséquences (VIH, hépatite, cancer du foie, etc.). Le fardeau des abus de substances s’est considérablement alourdi depuis les années 1990, en lien notamment avec l’augmentation démographique de la population et son vieillissement. Il n’est pas seulement lié aux conséquences directe de l’abus de substances, mais il est aussi en lien avec les pathologies résultant de ces consommations (blessures non intentionnelles, suicide, cancers, cirrhose, hépatite C chronique, etc.). Ces résultats incitent à la mise en place d’interventions visant à réduire l’usage de ces différentes substances et l’incidence des pathologies associées. Un défi difficile à relever, y compris dans les pays à revenus élevés.

Conception de l’étude

Les données du Global burden of disease ont été utilisées pour estimer la prévalence de l’abus d’alcool et d’autres substances (amphétamines, cannabis, cocaïne et opioïdes), ainsi que le fardeau attribuable à l’usage de ces substances en termes de santé dans 195 pays, durant la période de 1990 à 2016. Toutes les études épidémiologiques concernant l’usage d’alcool ou de drogues réalisées entre 1980 et 2016 ont été recherchées. La prévalence des troubles liés à l’usage de ces substances a ensuite été estimée, de même que le risque associé à ces substances en termes de santé de façon plus générale.

Une prévalence globale des abus de substances en augmentation

Au niveau mondial, la dépendance à l’alcool est apparue comme l’abus de substance le plus fréquent (100,4 millions de cas ; 1.320 cas pour 100.000 personnes). Parmi les drogues, la dépendance aux opioïdes étaient la plus fréquente (26,8 millions de cas ; 353,0 cas pour 100.000 personnes), suivie par celle au cannabis (22,1 millions de cas ; 289,7 cas pour 100.000), alors que la dépendance aux amphétamines ou à la cocaïne était moins répandue.

Entre 1990 et 2016, la prévalence globale des abus de substances a augmenté, chez les hommes et les femmes, avec de fortes disparités selon les régions. Les pays à hauts revenus comme l’Amérique du Nord présentaient les prévalences de dépendance au cannabis, à la cocaïne et aux opioïdes les plus élevées, tandis que la prévalence des troubles liés à l’alcool était plus importants en Europe de l’Est.

Un impact sanitaire direct et indirect important

En 2016, l’alcool a été responsable de 99,2 millions d’années de vie en bonne santé perdues (DALY), et l’usage de drogues a occasionné 31,8 millions de DALY, représentant respectivement 4,2% et 1,3% de l’ensemble des DALY.

Le nombre de DALY liées aux abus de substances variait de façon significative selon les différentes régions du monde. La contribution de l’alcool était la plus importante en Europe de l’Est et centrale, et la plus faible en Afrique du Nord, au Moyen-Orient et en Afrique sub-saharienne occidentale. L’usage de drogues occasionnait quant à lui, davantage de DALY en Amérique du Nord, en Europe de l’Est et en Australie.

En termes de pathologies, l’impact sanitaire des différentes substances variait lui aussi considérablement selon les différentes régions du monde et était associé au niveau de développement socio-économique. L’impact de l’alcool était davantage lié aux pathologies associées qu’aux troubles liés à l’alcool en eux-mêmes (tuberculose et infections respiratoires basses dans les pays à faibles revenus et maladies cardio-vasculaires dans les pays à revenus plus élevés). Concernant l’usage de drogues, l’impact sanitaire était plus important dans les pays à hauts revenus et surtout lié à l’usage en lui-même. Les pathologies associées comme le VIH/SIDA pesaient davantage dans les pays à faibles revenus, alors que celles liées à une infection chronique par le virus de l’hépatite C prévalaient dans les pays à plus hauts revenus (cirrhose, cancer du foie).