AAIC : Rendre la barrière hémato-encéphalique temporairement perméable, c'est possible chez l'homme

  • Dr Jean-Claude Lemaire

  • JIM Actualités des congrès
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Il a été montré sur modèles animaux que l'ouverture de la barrière hémato-encéphalique par ultrasons focalisés permettait de réduire la charge en ß-amyloïde et en protéine tau. Cette ouverture est-elle réalisable sans dommage chez l'homme ?

Des éléments de réponse sont apportés avec un essai pilote de faisabilité de phase I mené au Canada et ayant concerné 5 patients (3 hommes et 2 femmes, d'âge moyen 66 ans) atteints de maladie d'Alzheimer légère à modérée chez lesquels les PET-scans au 18F-florbetaben avaient mis en évidence des plaques de ß-amyloïde dans le cerveau.

Ces sujets ont été soumis à deux sessions d'ultrasons focalisés espacées d'un mois (injection IV de microbulles puis délivrance des ultrasons sous guidance IRM en impulsions courtes pendant une minute à une puissance moyenne de 4,5 watts). La guidance IRM a permis de cibler les ultrasons sur une toute petite région du cortex préfrontal dorsolatéral (5 mm x 5 mm lors de la première séance et 10 mm x 10 mm lors de la seconde). Le critère d'évaluation principal était l'ouverture de la barrière hémato -encéphalique, appréciée via la diffusion dans le cerveau de l'agent de contraste IRM gadolinium. Un patient n'a pas eu de deuxième séance car il présentait alors une infection respiratoire active.

Immédiatement après la délivrance des ultrasons focalisés, une infiltration discrète de gadolinium dans la région ciblée a été observée chez tous les patients, suggérant donc une perméabilité de la barrière hémato-encéphalique. Cette perméabilité semble temporaire dans la mesure où une nouvelle injection de gadolinium le lendemain de la session ne s'accompagnait pas de pénétration cérébrale.

Cette perméabilité temporaire a été très bien supportée. Tous les patients sont rentrés chez eux le lendemain de l'intervention et aucun n'a rapporté d'événements indésirables. Sur les IRM, il n'a été relevé ni hémorragies ni œdème cérébral. Mais chez deux patients de minuscules zones rondes
d'hypodensité dans la substance blanche de la zone ciblée ont été documentées immédiatement après la séance et avaient disparu le lendemain, ce qui tend à éliminer l'hypothèse de microhémorragies qui, selon toute vraisemblance, auraient persisté plus de 24 heures.

Sur la base de ces données, il est conclu que l'ouverture de la barrière hémato-encéphalique par ultrasons focalisés est faisable et sûre chez les patients atteints de MA légère à modérée. Dans la mesure où il s'agit d'une approche non invasive, guidée par l'image, et n'entrainant qu'une ouverture temporaire et réversible, son utilisation, seule comme moyen de traitement, ou en tant que moyen d'administration intra cérébrale d'agents thérapeutiques, peut être envisagée chez l'homme.