A la recherche d’un marqueur biologique de l’infarctus mésentérique

  • Dr Jean-Fred Warlin

  • JIM Actualités médicales
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L'infarctus mésentérique (IM), causé par l'obstruction des vaisseaux mésentériques supérieurs, est une urgence abdominale au pronostic sombre (60 % mortalité), survenant en règle chez des sujets âgés et sur un terrain athéromateux. Le diagnostic peut être soupçonné par l'anamnèse (pathologie vasculaire, affections emboligènes) et tout retard du diagnostic aggrave le risque vital.

Si l'examen-roi pour le diagnostic est l'angioscan (AS) montrant la mésentérique supérieure, il serait utile de disposer d'un examen biologique simple, qui pût mettre sur la voie du diagnostic. Des auteurs turcs examiné l'intérêt à cet égard du taux d'anisocytose (ANC), définie par des globules rouges de diamètre différent (micro ou macrocytes), pour évoquer un IM et en prévoir la gravité.

Ils ont étudié rétrospectivement leurs cas d'IM entre 2005 et 2013 (AS et/ou laparotomie) (groupe GIM) et les ont comparés à un groupe témoin (GT), où ce diagnostic avait été évoqué, puis révoqué. Lors de l'admission, les malades ont eu un bilan complet (recherche de pathologies associées, numération formule, azotémie, dosage de la lacticodéshydrogénase (LDH), etc. et un AS chaque fois que possible, avec des coupes tous les 5 mm. Les IM ont été opérés immédiatement, en notant le siège et l'étendue de la nécrose intestinale.

Il y a 49 patients dans le GIM et 110 dans le GT. La comparaison des 2 groupes montre la plus grande prévalence de la fibrillation auriculaire (emboligène) dans le GIM, mais aussi des chiffres plus élevés de LDH, d'urée, de leucocytose, d'hémoglobine (15,8 g/dl vs 14,6 pour le GT), mais un volume globulaire moyen plus faible et un taux d'ANC plus élevé que dans le GT. On a pu démontrer qu'au-delà de 15,75, l'ANC permettait de prédire un risque d'IM de 75 % devant un tableau abdominal aigu, mais avec une sensibilité bien moindre qu'une leucocytose > 15 000, une LDH > 400 UI/l, ou une azotémie > 30 mmol/l.

Les 49 IM étaient tous d'origine artérielle (18 embolies et 31 thromboses de l'artère mésentérique supérieure) et la nécrose touchait le grêle (67 %), le côlon (6 %) et les deux (27 %). Vingt-neuf malades sont décédés (59 %) sans que leur profil ANC diffère de celui des survivants (alors que le taux d'urée moyen était significativement supérieur chez les décédés), et l'ANC n'a pas non plus permis de prédire l'étendue de la nécrose, son siège, son mécanisme (embolie ou thrombose), ni le moment de l'évolution.

L'anisocytose n'a finalement guère de valeur pour le diagnostic ni le pronostic de l'infarctus mésentérique.